Encore les loups. Il y a pas bien longtemps,

Pas de l'Aiguille : Haut Plateaux du Vercors.

je dormais en bivouac près de (26) Glandage (je n’invente pas ce nom, faudrait que je m’y installe, je serais le maire et je ferais une méga promo pour mon village!). Toute la nuit, une fine bruine avait rythmé mon fragile sommeil. Juste avant de me coucher le berger qui me prêtait son pré m’a dit que les loups attaquaient juste au lever du soleil quand il avait plu la nuit … bonnnnn … (pensez si j’ai bien dormi!) qu’ils étaient maintenant en meute, … bonnnnn … 8 pour l’instant, que les femelles attendaient des petits, qu’ils avaient attaqué la semaine dernière … mouuuuuui … 5 brebis tuées et … que tout ça se passait à moins de 2 km de ma tente et de mes deux Beaux… “là tout près, vous voyez, derrière ce versant” …. À savoir enfin que j’avais entendu quelques jours auparavant le hurlement d’un loup. On va dire que cette nuit je n’étais pas tout à fait tranquille et que j’avais de nouveau rangé mon couteau de cuisine psychologique dans mes chaussures à côté des longes des chevaux … Histoire d’avoir du coeur au ventre en cas d’urgence.

 

Comment rajouter encore quelque chose devant un aussi beau panorama!

 

Les caïrns, je peux vous dire que je les recherchais dans les hauts plateaux du Vercors. À part de bien trop rares balises délavées du G.R., pas une indication … tout est préservé et tant mieux!

Caïrn et balises douteuses

 

M’enfin, pour trouver des passages, c’était pas gagné! Heureusement que j’avais du beau temps … Attention aux lapiaz (fissures dans le sol rocheux), les pieds des chevaux s’y coincent et ils peuvent en mourir si on ne peut intervenir. Complètement paniqués, bloqués.

Laurent et ses chèvres.

Panique à bord!

 

 

 

 

 

 

 

Quelques étapes plus tard, tout au bord du Vercors – boudiou qu’elle est belle cette région – j’ai eu une longue discussion avec Laurent, (pas mon webmaster de fils, non: le berger). C’est celui de la photo, il reste stoïque malgré les frasques de mes deux Excités qui ont fichu une sacrée pagaille parmi sa suite caprine.

 

 

Laurent, chevrier.

 

Cet homme d’une bonne trentaine, optimiste, posé, s’est installé récemment avec sa belle épouse, ingénieure en agriculture, comme chevrier. Il ne veut plus aller en montagne … à cause des loups, toujours eux, il a eu trop de pertes et trop peu de reconnaissances administratives.

Retour au calme

 

Cet amoureux de la nature, de tempérament calme me confie sa colère … Colère contre les loups mais aussi celle de savoir que sa commune est dirigée par une majorité de « résidences secondaires » qui vivent ici un mois sur douze, ce qui fait que les décisions ne tiennent pas compte des besoins des paysans … il me cite une dépense somptuaire pour une lointaine adduction d’eau dégueulasse qui pue le chlore alors qu’à quelques mètres sous terre coule une rivière souterraine immaculée.

Remarque: ce genre de choix fait marcher les entreprises et les bureaucrates labellisés …

Mmmmouais … mais pas le bon sens.

Laurent me décrit aussi ses joies, il me parle de ses choix et confirme qu’il est heureux de faire partie des rares paysans à élever des chèvres en extérieur, à garder son troupeau. Il a peu investi, fait beaucoup de chose à la main, à l’ancienne, et il constate qu’il obtient des rendements, des bénéfices tout aussi bon – voire meilleurs – que ses collègues « industriels de l’élevage hors-sol » sans les maladies, sans les mensualités monstrueuses à payer et avec une qualité de vie bien supérieure. Nous avons passé plus d’une heure à papoter dans l’herbe.

Il me confirme le bonheur de son choix, ô paradoxe, en évoquant les 800 suicides de paysans (surtout ceux qui ont des dettes par dessus le tracteur) par an, dont on ne parle absolument pas (… à comparer avec les 22 morts en service commandé dans les forces de l’ordre dont on fait souvent la une des journaux). Ses collègues bergers râlent, sont écoeurés par des décisions de machines à formes humaines planqués entre une chaise et un clavier à des centaines de km de la vie d’ici. Jusqu’ici j’étais assez neutre dans ce débat … mais, mais … les loups me rappellent les ours de mon voyage à St Jacques, ceux réintroduits dans les Pyrénées, pas si sauvages que ça, ils étaient éduqués par leurs parents à fouiller les poubelles des banlieues de villes slovènes … Ils réitéraient parfois leurs explorations dans les villes des Pyrénées.

Réintroduire une espèce dont l’homme a saccagé le milieu naturel et sachant que 40% des mammifères de notre planète ont disparu ou sont menacés d’extinction, revient à repeindre les centrales nucléaires en vert. Puis brailler haut et fort que cette énergie, cet argent, ce gouvernement, sont écolos, « d’ailleurs, nous on a réintroduit des espèces en voie de disparition, le nucléaire ne produit pas de CO2, alors hein, allez pas nous critiquer! » … n’est que poudre aux yeux! Et les problèmes de fond ne sont toujours pas touchés.

 

Je vous sers quelques chose? Maintenant que j’ai refait le monde, j’ai soif

Surtout que je veux un peu de courage, je m’apprête à quitter le Vercors, traverser la plaine du Rhône et rejoindre le nord de l’Ardèche. En apnée … j’ai maintenant horreur des plaines, leur pollution, leurs agriculteurs industriels, leurs routes stressées.

 

« Frrrrrr, hé! ho! assez causé, on y va ! »

 

À bientôt, j’vous laisse, j’ai deux chevaux qui rêvent d’en découdre!

Oh putain que c'est beau le Vercors, j'vais pourtant le quitter!

Oh putain qu'c'est beau le Vercors, j'vais pourtant le quitter!