Mmmmmm, ça y est, c’est reparti, le décret d’application n’a pas

Pierrot

été facile à faire voter … mais ça y est! L’appel des embruns sur mon visage buriné par la pluie et le soleil (ou quelque chose dans le style) est irrésistible: nous sommes enfin en chemin. En fait de vaisseau légendaire et d’océan infini, je vous écris sous un pin à l’ombre encore un peu fraiche d’un soleil encore doux. À La Baume, dans le département des Hautes Alpes. Ma première étape à été plus sportive que je ne l’aurais voulu, mais le bivouac que j’ai trouvé est magnifique. Un très charmant monsieur me l’avait recommandé, je venais de découvrir le cadavre égorgé d’un chevreau.

Loup, y est-tu?

Super. C’est en m’enquérant d’une étape et de cette funeste découverte que cet homme m’a envoyé au paradis des bivouacs. Tout en me précisant que c’est un loup qui a tué ce jeune malheureux mais qu’il n’attaquait pas l’homme … Me voilà rassuré … sauf que mon interlocuteur a été un petit peu trop évasif à mon goût quant à la possibilité d’attaque d’innocents équidés … Boooon… Conséquence, un truc que je n’avais jamais fait : jusqu’ici je rangeais pour la nuit mes grosses gaudasses et mes longes à portée de main et de pied en cas d’urgence … suite au loup, je mets en plus mon gros couteau de cuisine au même endroit … la première nuit a été très calme … Pour info, nous sommes passés plusieurs fois devant les oeuvres du fauve, Gamino a toujours été très effrayé, contrairement à Shakti restée indifférente.

Pas vraiment tranquille le Gamino

 

À savoir que j’ai eu un très fort coup de pompe hier soir, et chose bizarre malgré douze heures de sommeil il se poursuit ce matin.

Voilà maintenant plus de deux mois que j’hibernais dans ma ferme des Ganaos et depuis quelques jours la météo confirme que le printemps est arrivé. L’herbe est à peine naissante – nous sommes à près de 1000m d’altitude – mais la température est clémente. Je suis à la fois triste de partir, j’étais plutôt bien chez mes nouveaux amis Martine et Pierrot, leur accueil, le mélange de boulot pour eux et pour moi-même me convenaient mais je suis aussi heureux de repartir. Le climat qu’ils ont su créer dans leur gîte m’a permis de m’offrir beaucoup de cadeaux. Je ne fume plus du tout, même la vue de fumeurs en action m’indispose, pourtant jusqu’ici j’étais encore assez accro pour les taxer sans honte et sans vergogne. J’espère que vous êtes d’accord si je vous prends pour témoin de mon virage : le tabac, c’est fini! J’ai aussi bien baissé ma consommation de sucre et de sel! La seule chose que je n’ai pas encore réglée est un appétit excessif … dû probablement au sentiment d’insécurité liée à ma position de SéF (Sans écurie Fixe). J’ai aussi un peu apprivoisé ma peur du conflit, Pierrot et Martine m’apprennent qu’on peut très bien s’engueuler assez fort, tout en se marrant bien vite ensuite. Malgré deux très fortes explosions de Pierrot (et pas mal de plus petites) dirigées contre moi, je garde en priorité le souvenir de sa main douce et emplie de compassion sur mon épaule alors que j’allais éclater en sanglot suite à une très grosse douleur (de coeur évidemment). Cette main capable de terribles emportements est aussi celle qui sait rassurer, elle a aussi été celle que j’ai serrée longtemps alors qu’il venait de m’accompagner un petit bout de chemin au moment de mon départ. Ultime sourire de cet homme à la profonde humanité protégée d’une terrible carapace de colère, il a tenu malgré sa patte folle à m’accompagner de ses trois poneys sur son quad. – »Shakti, allez on continue, t’aurais bien voulu bisouter ou mordouiller Galipette ou Ouragan ? Ben non, maintenant c’est du sérieux, on avance! » Martine au revoir à Toi aussi, je retiens de toi ta si grande promptitude à rendre service, ton constant soucis de nous offrir le meilleur de ton gîte, je me suis senti dorloté, comme tu m’as présenté à tes amis, je te présente aussi aux miens comme amie-hôtesse. C’est bien la première fois que j’arrive à concilier amitié et argent!

 

Pierrot, au revoir!

Les chevaux de leur côté étaient bien dans leur pré. Depuis une quinzaine de jours je les entraîne en vue de ce départ et ils sont au top … tout va bien … bien que je sois toujours orphelin de direction à long terme. Encore que … peu à peu je me laisse envahir par l’idée de piquer vers les Cévennes puis aller vers le nord, passer l’hiver prochain chez ma Douce, elle qui prend de plus en plus de place dans mon coeur. Peut-être est-elle finalement le but de ma quête? En attendant, dans l’immédiat, je vais chez un couple d’ami de longue date qui est à deux étapes. Et me retrouver tout seul dans ces montagnes me convient bien. Le moral est très bon, mais ô paradoxe, en plus du coup de pompe de ce matin, une chiasse vient m’offrir le bonheur des urgences en pleine nature … j’aime. Pas trop. Mon ventre va peut-être finir par me faire comprendre que même si je n’ai plus de maison, je pourrais peut-être envisager ce que j’appelle un « retour » …