Ma chemise : le retour.

Encore un truc à raconter! Je viens de recevoir un cadeau délicieux! – »Aller, aller, Gamino, marcher! en profite pas que je raconte mes histoires pour faire ton vorace et trainailler !!! »

Un coup de bol, j’vous l’dis! Je termine ma sieste en pleine forêt et charge mes chevaux pour repartir. Deux dames d’âge fort respectables se promènent … Jusque là rien de bien original! Saluts, papotages banals … toujours rien d’original. Au revoir et bonne balade. Tiens on se retrouve un quart d’heure plus tard – en se croisant – elles rentrent chez elles. M’annoncent que la suite du chemin – une voie ferrée désaffectée – m’est interdite en tant que cavalier … m’enfin on va dire que si je marche à côté de mes chevaux, je ne suis plus cavalier mais piéton … ce qui est rigoureusement conforme au code de la route. Toujours rien de passionnant!

Encore un peu de patience, ça vient!

Je parcours une dizaine de kilomètres, au pas, pas pressé. Le paysage est magnifique, l’herbe super … trois heures de temps passent (au pas, pas pressé). J’arrive le soir près d’une petite ville – Ornans (25) – et là : une voiture me fait des appels de phare et des coups d’klaxon … Ha ? Des fans qui m’auraient reconnus ? Mes divers passages à la télé m’auraient-ils suivis ? Vite, mes gardes du corps, mes lunettes noires.

»Ouhouhhh! Monsieur ! Est-ce que vous avez perdu ça ? c’est à vous cette chemise? » Incroyable, ce sont les deux dames que j’avais quittées il y a plus de 10 km qui ont réussi à me retrouver!

« Heu ? Oui, c’est bien ma chemise! » Grands sourires de leur côté, yeux écarquillés du mien, … « ben ça alors!!! » Je me suis rappelé qu’à la fin de ma sieste, en rechargeant Gamino, je l’avais posée sur ma selle … en me disant … « surtout pas l’oublier!, elle n’est pas attachée » En papotant … ben … je l’ai oubliée … Et les dames m’ont retrouvé supposant que je suivrai la voie interdite …

  • « .vous avez une chance incroyable !  Mais madame … c’est tout le temps (enfin presque!) que j’ai de la chance avec mes deux anges! »

Conclusion d’Harmonie en apprenant ce clin d’oeil… -« mais Claude, ce bol … ben c’est tout à fait normal dans notre situation!  Les dieux sont avec nous, notre coeur n’est pas encombré de l’inutile …»

Ah? … Là tu vois, je reste encore émerveillé et ne suis toujours pas blasé!

/// Autre coup de bol

A Boujailles (25) 20 heures de pluie sans discontinuer … qui s’arrête dès que j’ouvre la porte de l’écurie où j’avais trouvé refuge et m’étais préparé à repartir … Finalement mon poncho est resté replié toute la journée …

/// Moins de bol … Quoique … Ce matin post orageux … j’ai mis ¾ d’heure pour récupérer mes deux anges sur un pré de trois hectares … ils avaient mieux à faire en papotant avec leurs voisins comtois que de partir mériter leur croute en jouant aux gros porteurs … D’ailleurs Shakti à continuer à râler un bon moment pour revoir ces rivales. Et puis un peu plus tard, dans le 39 près de Sapois juste avant Champagnol je me suis pris trois heures de rincée continue … Pluie, pluie, pluie, pas moyen de regarder la carte, ni de s’arrêter sans risquer de tout mouiller … Alors … en fin de journée, j’en ai vraiment ras le bol, ça déborde : je sors mon joker et demande de l’aide … au petit Magicien, au bon Dieu, au grand Couillon ou à Vishnou. C’est selon les convictions. Et je me corrige en me disant que de l’aide, c’est trop vague comme demande … alors je précise à mon Génie perso que je souhaite un refuge correct pour cette nuit. Pas cinq secondes ne s’écoulent que je découvre au sortir d’un chemin une clôture qui pourrait bien être destinée à des chevaux … Tiens ? Un bâtiment qui pourrait bien ressembler à un ranch! Je m’arrête, explore. Personne. J’attache mes chevaux. Je fouille, c’est bien un ranch, désert, mais il y a visiblement quelques potes à crinières qui vivent pas loin. Oh? Une véranda et de vieilles dames qui prennent leur thé … Ah? L’une d’elle se lève et me salue. J’enlève mon capuchon, il pleut toujours. Sourire complice. – »Aïe, je ne peux pas prendre de décision,  me dit-elle, c’est ma fille qui s’occupe de l’écurie, elle n’arrive que dans deux heures … – J’insiste un peu, le côté bien bricolo du site me dit que je pourrais m’entendre avec la patronne. La vieille dame me fait visiter l’écurie, rassurée dès que je lui dis que j’ai une tente  … au cas où … « Madame, un abri où sécher mes affaires sera déjà un grand luxe ». Là, un flash éblouit mon ciboulot fatigué et très humide: j’annonce à la dame, interloqué – »Écoutez Madame, il se passe un drôle de truc: je suis déjà venu dans cette écurie ». Il n’y en a pas deux comme elle. Je ne comprends pas trop comment je peux affirmer cela mais je suis sûr d’être déjà venu ici … Nous recherchons dans les méandres de mon centre de décision occipital englué et finalement me rappelle que je suis effectivement déjà venu ici un an auparavant! Une étape que j’avais prospecté pour mon ami Bouziane depuis Dôle, depuis un tout autre parcours. En arrivant,  je ne connaissais pas le nom du village et j’avais une chance sur des milliers pour repasser par là! Par hasard …Quand on vous dit que le hasard … c’est juste le petit Magicien qui se manifeste incognito …

Deux heures plus tard, retrouvailles cavalières avec Fanfan.


/// Très belle leçon…

Rencontre bien sympa près des sources de la Loue avec un militant écolo allemand qui travaille dans la presse. Longue discussion auf deutsch bitte ou je retiens en conclusion une phrase qui me parle beaucoup … qui m’aide à surmonter mes doutes quant à la pertinence de ma démarche d’auteur (de blog!) vaguement engagé … «  Etwas für dich ganz natürlich auszutun ist, kann andere Menschen ausordenlich stark in ihrem Leben sein. – Mmmmm … super ! einfach kurz und klar! – Nicht ganz so einfach!!!! »

Ce qui donne en traduisant et en remettant de l’ordre dans ma transcription approximative :

« Quelque chose qui t’est naturel à faire, peut être démesurément difficile pour d’autres hommes dans leur vie » – Mmmmm super, simple, court et clair! – Pas si simple! »

Et pourtant … témoigner.

/// Etape sportive … Mi Aout, en plein Jura. Je viens de passer un passage mmmmmh? … un peu délicat … voire franchement casse-gueule où la Miss vient de se faire sa première balafre … je suivais un sentier très bien balisé, dans un environnement magnifique, mélange somptueux et surprenant de falaises très violentes, abruptes, débouchant sur des plaines et des plateaux riants et apaisés … Le sol, sorte de pierrier devenait de plus en plus dangereux. Un passage est limite: un contre-haut glissant dans ce décor, pas moyen de repasser dans l’autre sens sans risquer un atterrissage entre ces satanés pierres. Et coincer, voire casser un pied de mes potes. On continue. Ça ne s’améliore pas : maintenant ce sont des marches bien trop étroites qui escaladent un mur quasi vertical. Je renonce et trouve une échappée vers un autre chemin deviné à travers les arbres … et le pierrier.  En le rejoignant Shakti saute entre deux gros cailloux et s’abime le canon d’un antérieur. Heureusement sans gravité, l’argile enduite immédiatement a évité toute aggravation. On continue. Je finis par retourner sur l’itinéraire si bien balisé … les falaises ont l’air passées. Re-complication pourtant : le sentier disparaît dans des fourrées tout juste praticables… pour finalement – pof (bruitage à revoir svp) – être interrompu par un barbelé équipé d’un passage pour piéton infranchissable à cheval. Je ne veux pas une nouvelle fois revenir en arrière. Marre des détours. Je démonte la clôture, c’est heureusement faisable sans rien couper. Laborieux, pas mal de temps est nécessaire. OK. Faire passer mes deux bestioles. Remontage – toujours laborieux – et on continue. Un grand pré. Manque de bol mon balisage s’est fait la malle, je ne le retrouve plus. Plus de trace et un précipice nous barre à nouveau la route. Nous évitons. Oh? Mais c’est quoi ce gros chose isolé au milieu de la prairie? Une vache charolaise? Je me rapproche un peu, ouuuuuuuh ! Mais c’est un taureau … couillu de chez couillu, le doute n’est pas permis (l’agrandissement de la photo atteste bien que ce ne sont pas les mamelles d’une vache qui pendouillent entre les postérieurs du bovidé, mais bien les attributs d’un mâle en possession de tous ses moyens).  Heureusement ou malheureusement, il est seul dans cet immense pré.  Choix cornélien … le précipice ou le taureau ??? En cas d’agression, je n’aurai pas le temps de repasser le barbelé. Le taureau broute paisiblement … on le contourne donc sur la pointe des sabots … Discrètos svp … Sifflotement innocent du cavalier … lalalala … l’air de rien … il fait beau, bonjour monsieur, vous allez bien? Allez, bien le bonjour chez vous, nous avons encore du chemin sur la planche … L’énorme ne bouge pas … D’aaaaaccord … mais la sortie c’est où ? Toujours aucun balisage. Yapluka longer le barbelé, ce taureau est bien entré par autre chose que le passage pour piéton … Ouf, là, j’aperçois une vraie porte pour tracteur … proche du reproducteur.  Allez, on ralentit pas et comme si de rien n’était j’ouvre le passage … referme et pousse un nouveau grand ouuuuf, notre gros paisible broute toujours. Photo. Résultat des courses, en gros deux heures pour faire deux kilomètres … J’ai beau affirmer qu’il n’y a pas de mauvais chemins pour les poètes … disons qu’il est parfois lassant de ne pas pouvoir naviguer selon mes prévisions …

Plus rien à signaler pour aujourd’hui.

Bonsoir, je vous laisse, le bivouac que Mme la mère du maire de Castelneuf (39) nous octroie est superbe mais j’ai du boulot: une chemise trempée de sueur (froide) à passer à la lessive.