///Chance encore et encore.

Tout près de Clerval (25) , ce dimanche 18H, je viens de traverser un vallon parsemé de prés sympas et bivouaquables mais j’espère mieux … et souhaite – svp – un petit ruisseau … (m’enfin, attention : faute de grives etc …). J’arrive à Gondenans.   Problème en vue : la journée chaude et riante qui me guidait jusqu’ici est en train de devenir lourde, noire et menaçante … va falloir se magner un peu la rondelle pour se caser sereinement cette nuit.     M…iel, je suis maintenant trop près du village pour m’installer à l’arrache sur un terrain sans autorisation … j’avise un gars sur un gigantesque tracteur (bleu) en train de faire des bottes de paille (géantes aussi – bien entendu – mais pas bleues, jaunes). Je m’en rapproche mais il me montre sa montre (désigne sa pendule à poignet, c’est mieux pour éviter la répétition « montre sa montre » … m’enfin c’est encore plus pesant pour la musique du texte) et en même temps son index est tendu vers les épais nuages près à tout lâcher.   Bon, lui aussi est pressé d’en finir avec son boulot avant la rincée annoncée (là ça passe mieux pour la musique … vous trouvez pas ? ).   Beau sourire, il ouvre pourtant la porte de son immeuble meuble, et …? Oui: « vous pouvez vous installez sur le pré près, là-bas, tout loin, là où il y a une auge ». Un kilomètre quand même … et le vent se lève … Viiiite, ça commence à urger. – «  Gamino, Shakti : trottez ! ». Les premières gouttes et je n’arrive pas à fermer la barrière … un ado fort à bras me donne un coup de main … OK, pas le temps de vérifier si le pré est bien fermé. Viiiite, il y a un coin protégé par des arbres où je pourrai planter ma tente … à l’autre bout des 3 hectares …     En plus des premières gouttes, le vent devient violent, tout devient noir et un monstrueux rideau de pluie se rapproche… mais qu’est-ce qu’on va se prendre!

18h 30 : Viiiiite attacher les 2 zèbres, ne pas les décharger mais monter la tente en priorité (ça c’est un conseil que j’ai trouvé dans un super bouquin d’un cavalier-voyageur). – «Les deux, vous avez pas intérêt de bouger une oreille », j’ai pas droit à l’erreur, la pluie encore faible m’accorde un petit sursis. Mes potes immobiles ont compris que je n’avais pas mon rythme habituel.    Sont tout sages malgré leur faim et l’ambiance fin du monde.     La tente est érigée, mais ne tient encore qu’avec deux piquets. Décharger les deux béééétes qui sont toujours aussi calmes et enfourner tout le matos dans l’abri (sans les chevaux, évidemment!).     Ça y est, les vannes sont ouvertes. La frêle protection de toile (100% plastique acrylique synthétique) danse toute seule et on ne voit plus le bout du pré tant le voile de pluie s’est épaissi …

18h 40, ouuuuuf : tout est protégé, 10′ chrono d’installation : record perso largement battu (montre en main, j’ai regardé car je me doutais que j’irai très vite!) Normalement je fais tout ce travail en ¾ d’heure !! S’accorder 30 secondes pour souffler et mettre enfin un anorak (j’étais en T-shirt), fixer correctement la tente.     Et surtout revenir s’occuper des deux nonchalants qui ont l’air d’apprécier la douche.    Restent toujours calmes pourtant les éclairs tombent tout près et le tonnerre fait parfois un vacarme épouvantable … au fait l’endroit où je me trouve –  sous un arbre assez isolé – n’est peut-être pas le plus prudent que j’ai choisi … Tant pis.    Les soins aux chevaux avant de les libérer, ils vont bien, les pieds ok, un peu de pommade pour leurs petits bobos et hop, leur donner congé.   Ben, vous savez quoi ? Ils s’éloignent comme si de rien n’était et broutent sous cet effroyable orage comme si ces conditions étaient parfaitement normales … bon d’accord, je ne dis plus rien, je file, un peu hébété m’écrouler sous ma tente, ne sachant pas si elle allait tenir dans ces mouvements style shaker du barman frimeur ou descente des chutes du Niagara en chute libre. Elle a tenu.

Seule victime à déplorer : mon pantalon : trempé … à tordre.

/// Envie de faire des conneries.

Pas loin de Roulans (25). … Tiens, une bascule à peser les camions de cette carrière … Ooooh ?  il n’y a personne, il est 13h, la porte est ouverte …. allez, on va peser en douce les deux gros porteurs … Chic, chic, il y a un mode d’emploi …1) brancher la batterie, 2) appuyer sur « 7 », puis 3) appuyer sur «étoile» … les deux sont attachés sur le plateau de la balance (photo!), on peut y aller! OK, 1) je branche la batterie et … meeeerde les deux qui se mettent à exploser dans tous les sens … ça peut être dangereux avec les bords coupants de la glissière du pont… viiite, les rassurer … OK, vous vous calmez ? Re-meeeerde, il s’affole encore sur ce sol.    Je comprends : le fait d’avoir branché le courant a libéré le plateau géant de la bascule et entraîné un léger mouvement … affolant pour les deux clowns non préparés ! … Ces deux se mettent têtes-bêches … et se repoussent l’un l’autre, les deux ayant peur … du bord pas franc de la balance et du sol qui bouge (à peine!). J’avais pas prévu cette conséquence … mais ouf : ils finissent par s’immobiliser… 2) appuyer sur « 7 », puis 3) sur «étoile» et la machine crache son verdict : 1140 kg … je suis fier de mon pifomètre : j’avais estimé 480 kg pour Shakti toute nue, 50 kg son chargement et 20 son équipement, pour Gamino j’avais prévu 540 kg, 15 kg de chargement sans le cavalier et 25 son équipement ce qui fait un total de 1130 kg … avouez que je ne suis pas loin de la machine!

Bon, d’accord, je m’amuse comme je peux, vous vous en tamponnez de mes calculs … vous avez bien raison, surtout que mon gag a failli mal tourner!

/// Daniel et le TGV

Après le Haut-Rhin, le Bas-Rhin, la Moselle, les Vosges et la Haute Saone, j’arrive dans mon sixième département : le Doubs …et j’apprends par Daniel qu’à Villers sur Soulnot (25) je passe du massif vosgien « là tout près, me dit-il, on cherche le grès pour les chemins, » au massif du Jura : – « à1km au sud-ouest : c’est là qu’on a cherché cette dalle en calcaire pour le petit pont! »

Ah ouais, Daniel? , un sacré bonhomme! Je vous en parle. Il invente d’incroyables jeux de mot … dans son étable en trayant ses vaches! Une gouaille et une présence d’un Obélix à la soixantaine bien sonnée. J’ai laissé plus d’une fois se déverser sans retenu des torrents de fou-rire! Il tient un gîte avec sa femme Colette. Éleveur, il fournit du lait pour emmental (et en AOC, svp!) mais est désespéré pour son petit restau (« La Forge d’Isidore » : je vous le conseille c’est du brut de décoffrage OK mais c’est du bon!) en effet, le TGV est en train de s’installer à moins de 200m de son village, le chantier est quasi terminé et la campagne est défiguré par ce long boudin blanc de 10m de haut où va bientôt hurler les rames sans âme de ce condensé de gens stressé. La forte voix de Daniel n’arrivera pas à dominer le vacarme de ces orages de technologie. Et pourtant cet homme accueille Alain – ouvrier – du TGV qui pose les voies du déferlement de ferraille impitoyable. Alain est un habitué des grands chantiers, il va dans toute la France au gré des demandes et participe à ces projets prestigieux … si néfastes pour la nature. Il est heureux de m’expliquer son travail, j’ai été impressionné par son enthousiasme … Une version totalement opposée à celle de mon hôte! Bizarre cette double rencontre … Et vous savez quoi ? Alain est tout fier de sa super bagnole qu’il vient de payer 30 000 €.   Son salaire, bien qu’élevé reste très juste pour cette dépense … résultat il bosse, bosse, bosse et court tout le temps pour arriver à boucler ses fins de mois.   Avec son poste il pourrait être tranquille et faire gentiment vivre sa famille … mais avec cette putain de bagnole, il s’est obligé à vivre dans le stress …. exactement ce que font la majorité des passagers du TGV … Exactement le genre de “logique” qui pousse à construire ces machines à perdre son humanité.

Mais meeeerdre, pourquoi toujours courir ? C’est si bon ce qu’on a déjà ! Pourquoi ce toujours plus ???

Pour remplir les déchetteries …

PS: pour ceux qui souhaite voir ma bouille sur FR3 Lorraine à  partir d’internet :

http://info.francetelevisions.fr/video-info/index-fr.php?id-video=000146381_CAPP_Aladcouverteduwoofing_210720101031_F3

Là, c'est l'idéal ... rare