A Furdenheim, le 15, loin de mes connaissances, montant Gamino, sortant de faire mes petites emplettes, près d’un carrefour à feu rouge bien peu chevalable, je suis surpris par un « Clauuuude!!! » plus qu’inattendu! C’était la Danielle. Nous avions déjà fait une semaine de randonnée sauvage en hiver –  seuls humains avec ses 6 chevaux (dont deux poulains en liberté), ses deux chiens et mon Gamino … La rencontrer à ce moment est totalement inattendu!

Et ça ouvre sur quoi c’truc ?

Ahhhhhh, Danielle, c’est tout un poème … remarquez pas un poème à l’eau de rose … loin s’en faut! Unijambiste (suite à une erreur médicale) elle a parcouru la France sur plus de 4000km … seule avec … 3 chevaux! 64 ans, alternant sans transition adorables attentions et noires colères, elle est un phénomène … très explosif. A consommer avec modération! Mais j’ai un grand plaisir à faire un crochet pour répondre à son invitation. Elle m’accompagnera le lendemain pour faire étape chez Marcel André, autre phénomène de la randonnée équestre. Gîte très haut de gamme à Oberhaslach, assez au dessus de mes moyens … Et pourtant j’y suis délicieusement accueilli et ils me font un très bon prix! Ils laissent très clairement la priorité aux chevaux!

// Belle connerie de ma part, la veille pour un passage très délicat. Le chemin est ultra étroit, un faux pas à droite et c’est la chute … vers une vingtaine de mètre de vide … mortel donc, et un faux pas à gauche, ce sont les caisses qui heurtent le mur de roche et poussent Shakti  dans le trou … Je décide de passer les deux chevaux séparément à pied. J’attache la Miss à un arbre et passe Gamino en main … pas de pb … Manque de bol, en sortant du passage, je ne trouve rien d’immédiat où attacher le vétéran (il serait du genre à continuer seul son chemin !) … je continue un peu, histoire de trouver où le sécuriser … Et Shakti s’affole en nous voyant partir … Merde … je fais quoi ? Shakti tourne autour de l’arbre où elle est attachée, et s’enfonce dans une pente très forte et très glissante en contrebas de son attache …

Encombrée par ses caisses et sa longe … Elle est bloquée … et heureusement ne s’affole plus en me voyant arriver. Ses fesses sont au niveau de mes genoux, sa tête en contrebas dans la pente. Je n’arrive pas à aller vers elle : la pente est bien trop forte … Chance … et confiance : elle accepte – uniquement à la voix – de faire marche arrière en montant. Pas évident du tout pour un cheval … On s’en sort pour ce coup-ci, mais c’était limite … Ouf !!! Ouuuuuh … mais nous n’avons même pas encore passé le précipice … Gamino nous attend de l’autre côté, et nous passons tout doucement le passage délicat … la chemise bien mouillée. Fin de l’épisode … avec le sentiment d’avoir eu beaucoup de bol!

C'coup-ci on est bon

// Bivouac de rêve au Schliffstein, personne pour m’accueillir et pourtant je passe un bien bon moment. Un pré où je peux attacher les chevaux en les laissant brouter, un ruisseau pour les abreuver et  se laver, une plate forme où monter ma tente ! Qu’est-ce que tu veux de plus ?

// A Salm, le 22, sous le Donon, je suis très bien reçu dans un gîte équestre aux alentours paradisiaques! En gros mon rêve … Sauf qu’ils sont en bisbille avec la Safer qui cherche à les déloger … malgré une cinquantaine de chevaux, ils ne sont pas considérés comme des paysans et cet organisme aux raisonnements pas toujours logiques ni transparents est sensé défendre le patrimoine agriculteur français … Or dans le coin, les paysans se font rares et le travail d’élevage de chevaux a au moins le mérite de respecter et la nature et le paysage … Les prairies, synonyme de paix et de respect du rythme de la Terre sont allègrement et désespérément remplaceés – quand ils le peuvent – par d’épouvantables et immenses champs de maïs … qui tuent le sol. Mis en jachère, sans les apports artificiels, pratiquement plus rien n’y pousse pendant des années. Qui sont les « naturicides »?

Je m’écarte, je m’écarte.

Dans mon Gîte de Salm, disais-je donc  (http://www.gite-salm.com, pour ceux qui veulent en savoir plus), après une nuit douce et réparatrice, ayant encore un peu de mal à sortir de mon lit, je suis invité par la vieille maman, 87 ans, restée seule à la maison pour un délicieux petit déjeuner (pas si petit que cela d’ailleurs!). Je ne suis pas pressé, nous papotons longtemps, puis je profite du confort de la maison pour faire mes petits travaux d’entretien …  Quand soudain : « Mr Claude, Mr Claude, venez vite!!! » Eh, qué pasa? « Vite, deux moutons sont pas bien ! »… Ah ? Je fonce et je découvre deux des occupants seuls dans la bergerie … leur tête coincée dans la même ouverture d’environ 15 X 15 cm de leur mangeoire … Je m’approche doucement, histoire de ne pas les effrayer encore plus, leur parle et cherche à les rassurer … Ils se débattent beaucoup et ne s’en sortent pas … Nous essayons de tirer une tête et pousser l’autre … ça marche pas … Y a plus qu’à démonter la mangeoire! Petit travail somme toute facile pour le bricoleur émérite que je suis ! Et débandade éperdue des deux gourmands vers leur congénères broutants pas loin …

Là, mes bagages ne risquent rien!

Allez, je vais filer, ayant le sentiment d’avoir rempli la mission du poor lonesome cavalier errant !

// A Fouday, le 24, Harmonie me susurre au téléphone une bien belle image … me plaignant d’être très fatigué, elle me rappelle qu’un nouveau-né a un énorme besoin de sommeil … et j’ai un peu l’impression d’être nourisson dans ma nouvelle vie!

// En allant vers Stampoumont Shakti me fait un bien drôle de coup!

Peu après le départ, je suis à pied, Gamino est bâté … et Shakti s’échappe … et continue devant nous, ses rênes entre les jambes, sur le bon chemin. Très « en avant »,  décidée.  J’essaye de la rattraper, mais elle accélère … Ok, tant que tu prends la bonne direction, je te laisse faire … et elle prend notre rythme de croisière, une dizaine de mètre devant nous … Oubliées toutes ses trouilles de cheval de tête, ce coup-ci elle file droit comme un I, fière! Ok, toi ma cocotte, si tu me refaits le coup des écarts de terreur quand t’es devant, t’iras t’faire voir! Je finis par la rattraper, la monter … et gros cadeau, je n’aurai pas une fois à lui demander d’avancer! Je vous rappelle qu’elle n’aime pas du tout être devant quand je la monte, elle n’avance bien que quand quelqu’un est devant elle! Ou que l’on tient une baguette en main… Et aujourd’hui, devant et seule, elle caracole littéralement, je dois même la retenir! Et le tout dans un environnement de forêt magique! L’arbre aux formes bizarres a été pris en photo à ce moment!

Sapin "pousse à la contemplation"