Galères …

Bon … ben … tout n’est pas toujours rose!!!

Lundi 28, Coinchimont : bivouac plutôt sympa au bord d’un pré mais je n’ai pas beaucoup d’eau, juste mon outre de 10 litres à moitié pleine … tranquille pour le repas d’un soir, mais un peu juste pour un semblant de toilette et une petite lessive … je me sens plutôt patraque le lendemain matin, pas vraiment bien dormi, pas trop envie de me lever … M’enfin, la chaleur de la tente, mal exposée ce matin ne donne pas envie de cocooner, surtout que je suis là, en sauvage, sur un pré entretenu et que j’entends des tracteurs bosser pas loin … pas envie de me faire virer comme un malpropre … (même si je sors d’une toilette très sommaire!).

Je me traîne.  Direction le sud, histoire de voir du côté de Gérardmer si les paysages sont plus beaux et les fermettes avec terrain moins rares … J’ai toujours ce soucis – qui s’estompe – de trouver un nouveau paradis. Plus j’avance, plus je me rends compte que ce fantasme n’est pas compatible avec mon désir de voyage … l’est temps de choisir! Pas la frite. Le environs sont pourtant magnifiques mais il commence à faire chaud. Je n’arrive pas à faire ma sieste. Bizarre, moi qui dors si bien après midi! Un mal de crâne commence à me titiller, tout aussi bizarre en effet j’ai la chance de ne pas trop être habituer à ce genre de sport. On continue.  Le soir, à 300 m d’une adorable fontaine, je découvre une magnifique clairière à l’herbe drue d’où mes deux zèbres refusent de décoller leurs mâchoires mises brutalement en mode “agitation frénétique”. Il n’est que 17 heures, j’attache les deux anges à leur grande longe à brouter et m’effondre, tel que, dans un état semi-comateux (je vous jure que je n’avais rien bu – p’t’être même pas assez d’eau ) sans même décharger les chevaux. Une heure de roupillon “écrase-motte” non stop. Et au réveil, mon mal de crâne a encore empiré et j’ai une grosse nausée … Je ne suis pas bien du tout, je soupçonne que je me suis pris une insolation ou un coup de chaleur. Dur dur. Il est 18h mais il fait encore très chaud.  Je monte ma tente dans un état second, vérifie que les chevaux sont bien et ont suffisamment à manger… et m’engouffre dans mon duvet, en ayant un peu froid!  Je dois avoir de la fièvre. Le sol est confortable, je me love dans la terre sans manger et … passe une nuit qui se termine avec mes douleurs. J’étais pas tranquille du tout, seul dans un drôle d’état, mais le lendemain matin : ouf, je suis à nouveau à peu près en forme.

Par contre … la Shakti elle me réserve une de ces crises caractérielles dont elle a le secret. Retour vers la jolie fontaine de la veille, toilette, lessive, super, rien que du bon. Fini mon mal de tête. Shakti guillerette. Elle est sellée, ouvre notre marche. La frite tant qu’elle est sur ce chemin connu, pratiqué la veille. Et là, à un carrefour les choses se corsent: « Hé, ho, non, dis-je, on ne prend pas le chemin du retour, il n’y en a pas, je te le rappelle ». Elle veut prendre le chemin d’hier. Je veux la direction Sud-Ouest. Et là, la Miss nous fait une de ces démonstrations de mauvaise volonté … et elle n’avance presque plus, tourne violemment la tête dans tous les sens … Pénible. Hé merde, je n’ai plus de patience, j’en ai assez bavé hier. Premier ordre, juste à la voix : « Allez ! » Mademoiselle musarde ou s’affaire à s’occuper d’un prédateur fantasmé. Une seconde plus tard, deuxième ordre : je donne des jambes. …Mademoiselle musarde encore. Encore une seconde de délai, et là raz’l’bol, je cueille une baguette et lui chatouille copieusement la fesse (droite). Là elle se décide. Enfin.

Par la suite, j’ai encore dû pratiquer une ou deux fois, jusqu’à la troisième étape cette escalade des ordres mais très vite la voix, et mon « Allez ! » vont suffire. Comme quoi une bonne colère, de la rigueur et de la fermeté ramène la paix dans notre ménage. J’en avais marre de ses divagations quand elle est en tête. Elle est irréprochable quand elle est bâtée et suit, mais je veux un cheval polyvalent… et pour qu’elle trouve du plaisir à être en tête … y a encore du boulot!  Elle n’a pas encore confiance en moi et je dois donner bien de l’énergie pour lui faire comprendre que l’environnement nous est favorable.

Dans le même ordre d’effort: nous traversons une papeterie dans la ville d’Anould – Le Souche. Sales odeurs lourdes de sous-entendus, grosses citernes abritant une horde de féroces carnivores, sifflements mystérieux de très probables reptiles géants. Tout ce qu’il faut pour rassurer la belle Demoiselle. Alors évidemment … je fais un refus! Et je me fait un bel écart et me cabre sur la route! Là tu me fais ch … aque fois la même chose … chier. Je comprends un peu mieux ta trouille mais t’as pas à nous faire de tel écart. C’est pas le moment de la braquer. Gamino, bâté à ce moment, suit : toujours aussi patient et stoïque. En se demandant bien pourquoi sa compagne fait de telle salade! OK, la Miss, je ne m’énerve pas, mais je n’admets pas un comportement aussi dangereux. Cabrée + écart + voiture derrière … est une somme au total fatal. Je reste donc ferme. Bref, demi-tour et on refait ce passage (et même pas sage du tout). Re-cabrage, re-écart. On refait. Là, elle hésite, avance en pointillé, pas franc mais sans écart ce coup-ci. Re-demi-tour pour une troisième fois. Et là elle passe, enfin, comme un cheval devrait le faire : « droit », « calme » et « en avant ». Point. Shakti doit bien se demander ce que son patron a actuellement dans la tête … Y fait plus de concessions …

En attendant, à la sortie de cette petite ville, nous longeons un gros chantier sur une route (barrée … mais ne le dites pas à mes deux!). Les ouvriers sont adorables, l’un est même propriétaire de chevaux et veulent tout arrêter! Je leur demande de laisser leurs machines tourner, ce qu’ils font. Je souhaite que mes potes apprennent à passer partout. Et c’est ce qu’ils font aussi, la belle n’aura qu’une hésitation: un tuyau en attente sort de terre … très gros, noir, et tout béant …assez pour avaler un cheval tout cru …et qui a l’insolence de ne pas baisser les yeux à notre approche … c’coup’ci un seul demi-tour a suffit à démontrer à mon apprentie qu’elle ne risquait rien! P’t’être qu’elle va finir par comprendre qu’elle peut nous faire confiance … Patience … et confiance … en elle.

Ce doit probablement être les qualités les plus importantes que doivent posséder les équipiers de telles circonstances!

Bisous à Vous : Claude, Shakti et Gamino!