Ouuuuuh, je confirme que ça bouge

Pause sous panorama d'enfer

beaucoup depuis mon départ de Les Prés. Un peu au niveau des repères de ma carte topographique certes mais surtout au niveau de mon coeur et de mon ventre.

Je vis actuellement un feu d’artifice au niveau ma tête où règne une joyeuse pagaille mais aussi un feu d’artifesse au niveau de mes tripes où la pagaille y est nettement moins joyeuse.

Au moment où je commence cet article, je suis toujours à La Baume, l’étape du loup. J’y bivouaque en fait deux nuits. Un peu forcé. Les expressions de mon ventre restaient trop débordantes. Ok, les toilettes sont souvent libres dans la nature et ma réserve de pq suffisante, m’enfin ça épuise. L’herbe du pré que je laisse intacte était suffisante pour nourrir mes deux Infirmiers une journée supplémentaire, j’ai donc décidé de rester … Pour congé-maladie, écriture et roupillon et j’ai admis que le loup ne s’intéressait pas à notre cas … d’ailleurs il se méfie de l’odeur … forte … de l’homme.

Micro-cimetière de campagne ... les meilleurs!

Là est certainement le coût de mon nomadisme solitaire que je rechigne le plus à payer : il est bien difficile de se soigner sérieusement dans ces conditions, bien difficile d’abandonner mes Potes en urgence pendant que je me fais dorloter par un médecin, un sorcier ou une belle infirmière tant qu’à faire. J’avais déjà eu deux alertes de ce genre pendant mon voyage et je crois que celle-ci est celle de trop: je ne veux pas gaspiller mon capital-santé dans ma quête. M’faut une bonne diarrhée pour que je comprenne qu’il est temps de donner une limite claire à mon voyage après dix mois d’errance.

Après ce repos mais encore bien crevé, je plie ma tente guilleret … en traînant. La météo est encore de mon côté, il fait idéalement beau, les paysages sublimes, les chevaux adorables et paradoxalement … le moral excellent.

Et une frayeur-cadeau! … une! … Juste avant de partir. Gamino libéré comme d’hab’ de son attache après la nuit, en profite pour se défouler et « péter son plomb ». Manque de pot, il le fait à côté de la Patronne qui elle par contre reste entravée au paturon par sa grande longe. Elle veut évidement en faire autant et voilà ces deux excités partis dans un galop frénétique.   Merde !  – éviter les redondances – donc: Diantre! J’en oublie mes faiblesses tripales, me redresse, me dirige vers ces dynamites sur sabots, vois ma jument au grand galop avec son entrave au paturon, persuadé qu’elle va: – ou casser son attache dans son élan et prendre le large comme je l’ai déjà vue faire à Viry (… et avec son compère évidemment) – ou se casser la figure comme je l’ai également déjà vu faire l’hiver de nos entraînements dans mon Alsace natale.

Et? … et? … là … (j’espère que le suspense est intolérable) … Miracle! : Shakti casse subitement … son galop à la limite des quinze mètres de sa longe: ayant brouté dans ce périmètre toute la nuit, elle avait bien intégré jusqu’où elle pouvait évoluer … Gamino continue à galoper et à s’éclater dans tous les sens, pendant que Shakti elle, se remet illico à brouter comme si de rien n’était … Ouuuuuuufff!

Ouuuuuff et énorme plaisir de voir combien cette jument a changée! Je me voyais déjà à poursuivre les deux, doublement allumés par l’ambiance explosive du moment et par cette liberté brusquement retrouvée … Eh bien non, le risque était très gros mais Shakti continue à me donner les preuves de sa nouvelle maturité et adaptation à son métier de cheval de voyage.

Lonesome horse-boy and Shakti, rêne sur l'encolure

Cette grosse alerte est finalement très bonne pour le moral! Du bonheur. Je découvre une Shakti de plus en plus fiable. Je n’ai pas encore le recul nécessaire mais je suis sûr que les sollicitations sphinctériennes excessives que je subis actuellement sont également porteuses de grand bonheur.

Là, je vous laisse, j’ai une urgence, du bonheur qui va déborder alors je vous retrouverai en route!….………

– »Allez les deux! On file vers de nouveaux horizons! »

Itinéraire magnifique par Le Villard, paysages somptueux vers le col du Monument, interrompu par un arrêt d’émotion devant la stèle dédiée à une dizaine de résistants morts dans ces montagnes. Je ne m’habitue décidément pas à cette profusion de souvenirs d’horreur dans des coins aussi calmes et sereins. Descente vers Montbrand puis sieste d’autant plus longue que je n’ai aucun appétit.

Siestissimo

Et c’est reparti vers un dernier petit col avant mon étape chez Gastou. Manque de bol (et de col) ma carte indique clairement un unique chemin qui pourrait être assez sportif. Pas vraiment dangereux, mais le terrain est propice à bien s’égratigner ou à devoir décharger les chevaux pour cause de passages trop musclés. Shakti est devant et veut en découdre malgré un sentier qui prend de plus en plus le nom d’escalier pour le pourcentage de sa pente et dont les marches sont les racines des arbres. Les chevaux y z’aiment pas. Je descends de Shakti, je commence même à avoir du mal à progresser autrement qu’à quatre pattes mais les Deux suivent toujours! Un moment, les marches de puissantes racines deviennent dalles de pierres friables et très inclinées. J’hésite à franchir ce qui est presque un mur mais il est tout aussi délicat de redescendre pour faire marche arrière et je vois le col de Montenit tout proche. C’est le dernier passage difficile. J’y vais. Shakti glisse au premier essai: elle finit par passer en suivant son itinéraire à elle. Gamino que je viens de détacher (il déséquilibrait la Miss) ne suit pas. Ah? Boaaaf, il va venir. Je continue seul avec la Princesse, je sais trop bien qu’il se mettra au grand trot dès qu’il ne verra plus sa compagne. Bizarre, il ne suit toujours pas. Nous nous éloignons toujours, il ne nous voit plus, le col est à 200m, j’y vais et attache Shakti en sécurité pour revenir vers mon retardataire. Shakti accepte presque sans problème de rester seule … ce qui n’est pas évident du tout pour elle! Gamino ne vient toujours pas. Là, je ne joue plus au mariole, c’est tout de même moi qui les ai emmenés dans ces excès et Gamino ne mérite pas que je dépasse ses limites. Pourvu qu’il ne soit pas blessé sans que je ne l’aie remarqué. Je ne comprends plus rien, les obstacles que passe Shakti restaient encore jusqu’ici de la gnognotte pour mon Vétéran, même bâté comme il l’est à ce moment.

Je retrouve Gamino, immobile, paralysé devant ce mur. Je lui parle un peu, le sollicite beaucoup, et au troisième essai il passe, difficilement mais il passe. Ouf … Ouf de bien courte durée, j’ai beau lui montrer que la voie est maintenant très facile, il ne bouge plus! Re-merde (tant pis pour les répétitions). Je lui parle, le laisse souffler mais rien n’y fait, il ne veut plus avancer. Lui qui est un modèle de générosité et d’allant, je prends peur.

Je contrôle méticuleusement ses articulations et sa peau : aucune blessure. Je ne l’ai vu ni tomber, ni s’écorcher, rien. En fait Gamino est comme en état de choc, ça ne lui est jamais arrivé. Je le pousse, me sert d’une baguette, ce qui ne m’est pratiquement jamais arrivé non plus, il répond vaguement, j’attends encore, le rassure, reçois avec bonheur un hennissement d’appel de la Patronne. Gamino se remet lentement en route … très lentement. Je ne suis pas bien. Au col, le sol est doux et les chevaux trouvent un peu à manger, nous continuerons au rythme du touriste du dimanche, vers St Julien qui est maintenant tout proche, pour arriver chez mes amis Gastou et Criquette à peu près serein.

Gamino vient de me dire que je lui en ai trop demandé.

Ô si bon Gamino! En écrivant cette phrase, il me vient que tu as été si souvent mon miroir, et qu’il se pourrait bien que mon « plein’l’cul » (au sens … propre) physique ait le même message à me donner … et si maintenant en continuant vers l’Est et au vu de mes emmerdes (au sens … propre) je n’était pas en train d’en demander trop à votre trio préféré?

Le suspense est une nouvelle fois quasi insoutenable mais … promis vous aurez un dénouement dans le prochain épisode!

Bisous à vous tous !!!

Nouvelle amie ... Pauline 10 ans

 

PS : Quelques étapes plus tard, dans une montée très raide, en montant au col de Vaunières, Gamino bloque totalement une nouvelle fois, mais là, j’ai presque été rassuré! C’était un choix de sa part, il refusait … sereinement … d’avancer … Ah ? Ce jour il était bâté escaladant un chemin méchamment casse-gueule. Je n’était pas tranquille du tout dans une situation … pas encore périlleuse mais très inconfortable … Et si j’échangeais les rôles ?… Je suis fier de pouvoir intervertir très facilement les bagages de mes Deux … alors autant en profiter, en espérant que la seule cause de ce nouveau blocage vient bien des caisses de bâts.

Alors hop, si tôt dit … pas si tôt fait. Dans des conditions très sportives, imaginez-vous échanger deux caisses de 25 kg contre deux sacoches d’une quinzaine de kg dans un sentier aux cailloux qui roulent (et n’amassent pas mousse) et en forte pente … avec des chevaux eux-mêmes en situation plus que scabreuse … et vous comprendrez un peu notre difficulté …

Récompensé illico par un Gamino guilleret que répond immédiatement à ma demande d’avancer – tout juste s’il voulait pas trotter – quand il s’est vu allégé de ses caisses … mais alourdi du poids d’un merveilleux cavalier … (tout habillé y doit pourtant faire dans les 75 à 80 kg). Ouf, la cause de tout ces problèmes étaient bien les caisses … rigides et sans réactions qui encombraient le dos de mon Vétéran. Pour ce coup, Shakti reste bien plus efficace!