Choses promises, choses dues. Faut absolument que je vous présente enfin ce couple qui me tient tant à coeur, des amis de longue date.

Gastou

Arrivée en mauvais état. Les Gast.

Je passe donc quelques jours chez les Gast, à St Julien en Beauchène (en fait Bôchaine : l’orthographe d’avant l’administration) dans les Hautes Alpes après un premier saut en dehors de ma tanière d’hiver. Avec ô désespoir: l’incorrection crasse de ma part d’arriver malade. Merci l’hôte! Et pourtant, Gastou et Criquette m’ont immédiatement mis à l’aise et merveilleusement bien reçu. La production excessive de mes intestins et ma fatigue me forcent à accepter une prolongation de l’hospitalité si naturelle de mes hôtes avec l’énorme soulagement de disposer d’un beau pré, d’un ruisseau et de foin pour mes Compères.

Les Gast’s, je les ai connu il y a une bonne vingtaine d’années, je cherchais un endroit où passer des vacances d’hiver avec mes enfants, le plus sympa possible et pas trop cher tant qu’à faire. Gastou s’occupait à l’époque de promotion de son village (sans être élu à ce moment) et son annonce me paraissait la plus « bricolo » de toute, donc – estimais-je – celle qui correspondait le plus à mon style … et je ne me suis pas trompé. Nous nous sommes tout de suite reconnus, tout de suite un fort courant d’amitié a circulé entre nous. Je suis allé souvent par la suite, dans ce village dont un hameau – Vaunières – abrite une association internationale de chantier de restauration où j’ai animé des cours de sculpture et réalisé moi-même un chemin de croix pour une église au Gabon.

Ouuuuuh là là, je vais vous laisser, voilà une bonne heure que je suis installé dans l’herbe à vous écrire près de mes deux chevaux … et la densité de fourmis a considérablement augmenté, rendant ma position de plus en plus inconfortable … Ces laborieuses sont trop rouges et mes mollets trop blancs pour me laisser envahir malgré ma défense acharnée … Je capitule.

Gastou, maire avec chapeau, troublé par son ordi

 

Une fontaine, un banc, pas de fourmi, je reprends. Donc.

 

Gastou.

Gastou, la soixantaine bien savourée, rarement rasé (sauf pour ses visites chez le préfet), un éternel chapeau vissé sur un crâne pas trop dégarni, grand, sec et plutôt sportif, au physique très efficace jouit d’un enthousiasme d’enfant qui a toujours été un modèle pour moi. Son look indéfinissable souligne l’originalité du personnage. Car c’est un personnage! Élu maire par défaut (c’est son expression), faute de candidat, il en est pourtant maintenant à son troisième et dernier combat mandat. Et tout en ayant bien marre des excessives (zé inutiles) pesanteurs administratives j’ai eu la délicieuse impression d’être reçu par un homme qui reste profondément humain.

Ce qui me frappe le plus chez lui (boum) est que malgré son parcours il soit resté fidèle à lui-même. Retraité de son métier de chevrier – il produisait de la laine – il garde un grand amour de la nature et ne se prive pas de vanter le contournement de son village par une déviation pour grumier (dont un pont partiellement en bois interdit au plus de … 52 tonnes : y a d’la marge) et surtout une station d’épuration entièrement bio : investissement faible, presque ancun entretien, frais de fonctionnement quasi nul: ce sont ces stations où le principal digesteur est un lit de roseau. Du bon sens qui ne fait pas marcher les grosses entreprises de travaux publiques, mais préserve la nature; Gastou est un jeteur de pavé dans la marre (classe sénior). Sa force est la grande culture qu’il possède associée à un solide bon sens, le tout cimenté par une grande fidélité à ses idéaux, maçonné par le recul du paysan et du créateur. Tout sauf quelqu’un de blasé!

LA Gastou-Mobil est là, m'sieur le maire doit être là ...

La Gastou-mobil.

Avant de vous parler de sa douce moitié, faut que je termine par une belle image … Gastou, se déplace souvent dans sa montagne avec une vieille Land Rover, la « Gastou-mobil » – c’est écrit dessus – complètement relookée par sa fille et ses copines … un bijou d’originalité que je ne rencontre maintenant plus que dans des pays lointains. Il m’a juré que son contrôle technique est positif. Il a été candidat aux élections cantonales et a fait toute sa campagne dans cet engin antédiluvien modifié babacool en allant de village en village défendre son projet politique. Et ça a presque marché! Il ne lui manquait que 44 voix sur 1800 pour être élu … Dernière confidence, il souhaite parfois écrire pour témoigner que la politique ne conduit pas forcément au port de la cravate et n’implique pas forcément de passer à la moulinette les idées un peu novatrices issues du bon sens de la terre.

Campagne électorale pas banale créée par Criquette et Gastou.

Criquette et le grand Virage

Criquette est tout autre. Ce que j’admire dans ce couple est la profonde tolérance qui régit leurs rapports. Ancienne infirmière, fine, à l’écoute, alerte et souvent en action elle s’est reconvertie à la kinésiologie et son homme en bon français rationnel a un peu de mal à admettre ses méthodes de soins parfois peu cartésiennes … auxquels j’adhère, que j’ai pratiquées et qui ont la merveilleuse caractéristique de ne pas avoir d’effets secondaires désagréables.

J’ai une idée de plus en plus précise quant à l’origine psycho-illogique de mes débordements intestinaux et c’est avec Criquette que je veux confirmer qu’il est bien temps de me fixer dans mon périple un but et une ligne de route un tant soit peu claire. Avec cette charmante femme, dans son cabinet de thérapeute, j’ai célébré ce puzzle enfin rassemblé et accepter ce que j’appelle le retour. Tout en restant Sans écurie Fixe je m’offre le luxe d’avoir tout au loin … à plusieurs centaines de kilomètres et trois saisons … une étoile fidèle, un phare bien planté et même un nid douillet dans les bras de celle qui me suit depuis mon départ. Brigitte.

Voilà plusieurs mois que je n’arrivais pas à accepter son invitation à passer l’hiver prochain chez elle, dans sa maison et sa chaleur. Nous trouverons un pré pour offrir à mes Deux Crinières tout le confort dû à leur rang. De plus, si je n’ai pas encore trouvé d’ici là une adresse fixe, j’aurai une bonne base de recherche pour pouvoir enfin poser quelque part mon oeuf en sécurité … et y accueillir mes futurs petits enfants …

Dire qu’il m’a fallu une bonne chiasse et le ras’l’bol de Gamino pour accepter et intégrer cette si belle déclaration d’amour …

Ce que j’aime chez moi c’est mon romantisme intestinal.

Et en avant pour le Grand Virage.

Pour info, depuis le moment précis de cette décision, (trois semaines maintenant) je n’ai plus eu aucune anomalie dans mon rythme et format de mes expressions tripales et de plus une vieille douleur à ma cheville qui me faisait parfois boiter a complètement disparue …

Tout dans la tête, j’vous l’dis!