Noëlle du Poney-club « l’Okapi » de Montvendre m’avait suggéré de rencontrer Gérard au Sud de Vaunaveys. Je le contacte et ce grand randonneur m’accueille à bras ouvert bien que je lui aie précisé que je voulais travailler chez lui mes textes et courriers. Nous avons longtemps échangé de nos techniques et le soir a été à celui qui donnerai la plus fine astuce pour conjuguer poids, volume, confort (du cavalier et du cheval) et simplicité dans nos équipements … – « et viens voir ce cuir idéal pour un pare-sueur, … regarde mon poncho … t’as eu d’où ce tissu ? j’en ai pas trouvé, … et mets la boucle ici, les branches s’y accrocheront pas! … je peux prendre le gabarit de tes fontes?  » une vraie soirée tupperware entre bonnes femmes j’vous l’dis! Plaisir inclus.

Le lendemain, Gérard est allé chercher un cheval qu’il vient d’acheter. Il arrive dépité. Le cheval, Timber magnifique Criolo bai, est bien là mais mon hôte ne supporte pas qu’il soit très inquiet et remuant. C’est vrai qu’il bouge beaucoup, qu’il a peur mais je le trouve très attentif, présent et surtout je trouve que ce cheval n’est ni vicieux et a l’air plein de bonne volonté malgré son agitation (c’est pas comme Sharkosi). En fait il me plait beaucoup ! (pas du tout comme Sharkosi) « Gérard attend donc demain, lui dis-je, c’est vrai qu’il gigote beaucoup mais c’est normal! Il fait nuit, il ne connait personne, tout est neuf alors … comprends qu’il ne respire pas la sérénité tout de suite! » – « Mais non, j’ai encore fait une connerie, je n’aurais pas dû me séparer de mon ancien cheval et la selle que j’ai acheté ne lui va pas du tout! » Il se couche avec un moral de fond de poubelle (et même de celles qui ne connaissent pas les sachets plastiques), je lui suggère d’attendre les conseils avisés de la nuit!

Le lendemain je me prépare à partir et Gérard se réveille guilleret, paré d’un tout autre discours. Il veut m’accompagner un bout de chemin avec son nouveau compagnon. Là, je pousse un solide ouf et suis enchanté de sa demande. Je lui donne quelques idées pour modifier sa selle. Au boulot et on y va. Une météo superbe escorte nos enthousiasmes frétillants.

Et je confirme que ce cheval est délicieux. Il est volontaire, attentif, presque calme, bref il devrait faire un très bon cheval d’extérieur. En lui offrant le temps de s’adapter à son nouveau métier et à son humain.

Parfait en campagne, il est un peu moins facile en ville, nous arrivons néanmoins au centre de Crest sans grosse difficulté … jusqu’à ce que nous croisions une manif bien bruyante, avec flics en tête, orchestre au milieu, costumes noirs mais surtout … en queue de cortège: un énorme squelette grimaçant, jaune vif et gesticulant! Il domine nos chevaux de près de quatre mètres … alors évidemment, comme à Viana en Espagne avec les poupées de cinq mètres … disons que c’est un peu la panique! Même mon vieux routard est effrayé! Nos crinières sont très agitées et la maréchaussée – sans être hostile – nous montre son inquiétude …  -« Allez! M’sieur l’agent, une ou deux photos et on s’en va! » Hélas à ce moment Gérard commet une erreur en descendant de cheval. Un cavalier est plus en sécurité sur son cheval qu’à terre en cas de situation délicate!  A terre on ne contrôle que la tête du paniqué, mais sur lui on peut espérer contrôler tout son corps. – « Frrrrh, disent Gamino et Timber en coeur, grouille on s’tire vite fait! C’te bestiole à gueule jaune va nous bouffer!» – « Bon, bon, on y va … c’est que ça m’amuse tout ce tintouin! On continue, Gérard à terre et nous en configuration de voyage standard.  Shakti, bâtée ce jour, conforme à son image de patronne qui surveille le tout, avance sans bouger une oreille. Timber reste très nerveux tout en suivant son nouveau maître qui peste à nouveau contre ce trouillard! J’ai beau lui dire que ce qui s’est passé est parfaitement normal, que cette épreuve est très difficile pour n’importe quel cheval (même pour mon vétéran!) … à fortiori donc pour un Timber qui ne connait ni cet environnement, ni l’humain qui l’accompagne ou les congénères inconnus équipés de drôle de matos. Gérard finit par admettre mes arguments et s’apprête à remonter sur son hongre.

Et là les événements tournent mal. Timber n’est pas encore cool et bouge énormément au montoir … qui devient brutalement un descendoir! Merde, le cavalier passe sous le cheval, et re-merde le cheval marche sur le malheureux. Pour bien alourdir le tout, Timber s’enfuit, Gamino bien qu’encore assez nerveux a bien réagi, Shakti suit et je récupère le fuyard in extrémis. Presque tranquille. Shakti ne bronche pas plus que pendant la manif, confirmant qu’elle est idéale en cheval de bât! Vite, maintenant retourner vers le voltigeur. Ouf, il est maintenant debout et bien que très pâle marche à peu près normalement!

Un pré hospitalier nous offre de nous ressaisir et d’estimer les dégâts. Le sabot et les 500 kg qui y sont attachés ont atterri sur le tibia du blessé, mais rien n’est cassé, un énorme hématome a eu le temps de montrer qu’à l’intérieur les tissus de la jambe ont été bien malmenés … à priori rien de grave, mais une à deux semaines de douleurs attendent Gérard …

Mon hôte veut maintenant rentrer chez lui, il ne veut pas que je l’accompagne. J’ai beau lui expliquer que ce ne sera pas ma première étape à zéro kilomètre, il veut rentrer seul. Bon. Assez ému, je le remercie de son accueil mais lui aussi me remercie de toute l’aide que je lui ai donnée … en me précisant que pour ce dernier coup … ben ça aurait tourné à la cata si je n’avais pas été là pour récupérer l’affolé. Il s’éloigne, tenant sa monture en main. J’attends et finis par le suivre … discrètement … avec mes deux chevaux. Mouuuuais … discrètement avec mes deux chevaux. Il est finalement remonté et a l’air d’aller bien, Timber ayant enfin retrouvé son calme et son allant.

J’espère qu’avec du recul je pourrai dire que nous avons eu plus de beurre que de miel … enfin un truc dans l’genre!

Plus de peur que de mal … et ce sera le cas.