Là tout de suite, au moment où je commence cet article, je suis

Shakti est très en beauté ce matin

à St Julien en Bôchaine (05), chez Gastou et Criquette. Le maire du village – svp! Maire très original, couple merveilleusement atypique, tout ce qui m’arrive chez eux mérite que j’y consacre un article. Il va vous falloir patienter encore un peu, mon webmaster de fils me dit de ne pas en mettre trop dans chaque parution … mais là je n’y arrive pas : j’ai beau découper mes textes, les pages poussent toutes seules de mon clavier. J’ai toujours plus de joie à partager avec vous. Ça m’apprendra à repartir sur les

Alors pour commencer, dans l’ordre d’apparition à l’ordi: la métamorphose de Shakti.

Sellée et en tête elle est maintenant droite, fière et en avant … et cette attitude est totalement nouvelle!

Voilà un moment que je déplorai de n’avoir « qu »’un cheval de tête extraordinaire et « qu »’un cheval de bât efficace car je voulais deux chevaux. Polyvalents. Jusqu’ici cette jument restait derrière Gamino, en bonne princesse, laissant le bon Soldat prendre les risques de se faire bouffer par les nombreux prédateurs que moi, misérable humain, n’étais pas fichu d’écarter … Autrement dit, en bonne femelle elle laissait ces crétins de mâles aller au combat afin qu’elle ne prenne pas de coup … Ça ne vous dit rien ? Les mâles qui vont au taf ou à la guerre? J’espère que vous ne vous étonnez plus de constater que nous mecs (je n’aime pas du tout généraliser mais au comptoir d’un bistrot on peut), avons cinq à dix ans d’espérance de vie en moins par rapport à nos chères moitiés … Remarquez, les militantes féministes ont changé la donne. Maintenant les femmes vont aussi au turbin ou portent les armes, se lancent aussi dans la « strugle for life », angoissent comme les hommes pour leurs carrières, fument bientôt autant qu’eux … résultat: leur espérance de vie rattrape celle des mecs … Moi qui ai vécu douze ans à bosser (au sens masculin du terme) presque « normalement » et à m’occuper plus ou moins seul du quotidien de mes trois mômes, j’ose affirmer avoir une certaine expérience des approches masculines et féminines du quotidien et j’ose dire qu’il y a comme une énorme couille dans le piano! Quelque chose a foiré dans la recherche du bonheur … Mais où allons nous donc ma bonne dame? Là, je pousse un cri d’alarme: -« Aouaouaouaaaaaah! » Un de plus me direz-vous … Autant parfois je suis émerveillé en voyant un homme torcher les fesses de son môme, autant je n’en peux plus de voir tant de femmes basculer dans la frénésie agressive du masculin. Je crois profondément en l’interchangeabilité des rôles traditionnels et je pense que si nous devons nous sortir de la grosse catastrophe écolo-économique qui nous pend au nez, va falloir écouter et mettre en pratique quelques vertus féminines. En tout urgence.

Avec fond de dentelle rocheuse ... svp

Je m’éloigne de mon propos, je m’éloigne … pardonnez-le-moi! Revenons donc à Shakti. Il me manquait deux clefs pour comprendre son attitude désespérément boudeuse. Une, la première clef : une histoire de vocabulaire. Je n’avais pas une bonne assise sur son dos d’altesse coincée, c’est la belle Harmonie qui m’a montré la grossièreté de ma monte, les habitudes fort champêtres de mes liens avec Gamino manquaient de finesse pour la Miss. D’où un premier gros malentendu entre nous. Faut préciser que je ne suis pas un grand spécialiste du dressage … ni de la dentelle! Deux: Shakti, dans son jeune âge, a probablement vu son enthousiasme fortement étouffé en étant trop durement brimée à la moindre de ses initiatives en avant … faut dire qu’elle impressionne pas mal quand elle se cabre (par trouille d’une ancienne embouchure trop sévère?) et sa précédente patronne n’a pas su trouver un compromis pour la rassurer sans un enrênements très dure. Ce sont deux sympathiques comédiens équestres de la troupe « Steppe-Théatre » qui m’ont donné cette deuxième clef et m’ont suggéré de travailler au sol à rectifier ce blocage. En invitant la Belle à avancer seule devant moi. Et cette méthode a tellement bien marché que maintenant je peux même la faire avancer en « longues rênes », vous savez ? Comme les débardeurs ou les laboureurs qui guident leur chevaux par l’arrière au sol … Et Shakti a compris assez vite que je ne lui ferais pas sa fête ni ne lui démolirais la mâchoire si elle allait en avant avec un peu trop d’entrain! Jusqu’ici, je ne lui ai toujours mis que des enrênements très doux, il était donc temps qu’elle comprenne ! Il y a encore un peu de travail, mais tout récemment, en escaladant le col de Valdrôme, j’avais sous les fesses une jument qui s’amusait à l’avant de notre équipe, donnait tout son coeur à l’ouvrage, bref, un autre cheval! A noter aussi que j’ai pu rassembler et célébrer tous ces enseignements avec Karine, fort charmante cavalière venue me rendre visite suite à la découverte du si fameux blog que vous parcourez avec tant d’avidité à cet instant (on peut rêver non?). Elle m’a permis de me consacrer entièrement à Shakti lors d’une sortie pendant qu’elle s’occupait d’un Gamino fort turbulent qui se disait : – »Frrrrrrr, mais qu’est-ce qu’elle a à me retenir ta Karine? Y a la Shakti qu’est devant, c’est mon boulot d’ouvrir la voie! » – « Ben non Gamino, je veux deux chevaux polyvalents, va falloir que tu restes aussi en arrière de temps en temps » … -« Frrrrrrrr »

Comme signes de ces progrès, la Miss est maintenant capable, sans se cabrer, de s’approcher et de manoeuvrer suffisamment près du portail d’une pâture pour que je puisse l’ouvrir sans descendre … presque facilement! Hier, dans un moment délicat, où je leur demandais de patienter pendant que je sciais des branches pour dégager un passage, des chevreuils ont aboyé puis l’un d’eux a déboulé devant elle … sans qu’elle ne bouge une oreille … sereine. Cette étape lui est dédiée, elle était techniquement difficile: le chemin souvent étroit et escarpé, parfois bordé de ravins mais bien balisé n’était pas du tout entretenu. Bref, la Shakti nouvelle se laisse pousser des ailes!

Plaisir de retrouver des sensations qui commençaient à me manquer!

J’ai du mal à m’arrêter, j’ai encore tant à écrire (trois articles sont en préparation). Alors à bientôt !

Claire Fontaine