Ce soir – samedi 3 juillet – à Liezey, pas loin de Gérardmer, je m’offre un repas dans un gîte … j’aurais bien aimé y dormir … hélas, (ou heureusement ?) je ne préviens presque jamais de mon arrivée … et il y avait de la place pour mes chevaux, de la place pour me laver dans un grand abreuvoir à la cave, de la place pour manger le soir … mais pour dormir : que nenni! Bref, ce ne sera une nuit de plus sous la tente à savourer le confort spartiate du tapis de selle de Shakti!

Le repas est servi à une grande table … avec des convives très variés… Des retraités belges adorables (d’ailleurs le monsieur m’a reconnu …. à la télé … ben oui, excusez du peu!) Ils sont avec trois de leurs petits enfants … une petite indienne, une petite éthiopienne et une belge … douce soirée familiale … qui me donne l’envie de partager avec vous deux tranches de vie.

C’était hier, au dessus de Granges (88) ce coup-ci je suis à pied, mes deux gros porteurs prennent leurs congés aux allures de minimas syndicaux. Ils le méritent bien et savourent un grand pré à eux tout seuls. La forêt pù je marche est magnifique et bien à l’ombre : « ouf que » parce qu’en dehors le cagnard est épouvantable. Méditation, jouir de ce temps que je m’offre. Marche lente, respirer le chant des oiseaux, écouter l’odeur des arbres, caresser la terre du chemin … Mmmmmmh !

Tiens ? Sur une maison au bord du chemin : une pancarte « expo pierre, sculpture » … personne, j’insiste, un homme pas tout jeune, la petite soixantaine (enfin … donc jeune quand même!) fini par me recevoir. Il expose sa passion dans une cave minable et encombrée … rien de bien spécial, des pierres achetées un peu partout, à peine mise en valeur, des racines vaguement taillée, bref là encore … rien de racontable!

Et pourtant il émane de cet homme un drôle de douceur, quelque chose de résigné mais aussi de lumineux … je cherche une pierre bien vosgienne pour Brigitte mais ne trouve pas … il m’offre deux pierres polies aux reflets originaux. Je suis un peu gêné. Et il me parle de sa passion. Il finit par me montrer sa véritable exposition … dans son salon … et là l’ambiance n’est plus du tout la même … la qualité des pierres non plus! Un véritable trésor! Mis en valeur avec amour … voire goût. Rien à voir avec la partie publique!

Ah? à côté une vieille dame en fauteuil roulant nous surveille d’un œil inquisiteur … pas vraiment bienveillant … Oh ? Passons, je finis par dénicher une jolie et rare améthyste locale, m’apprête à partir, demande un chemin ombragé et un endroit où me ravitailler … et cet homme très solitaire décide de m’accompagner, ravi de sortir de ses contradictions. La vieille dame est sa maman, dans sa famille plus personne ne veut s’en occuper tant son caractère et son handicap sont difficiles à supporter. Un autre de ses fils vient parfois, mais juste le temps d’un café. Il m’explique combien ils se fait constamment enguirlander. Combien il est continuellement rabaissé. Il y a longtemps que je l’aurais envoyer sur les roses la brave dame (avec épines bien sûr) … faut pas charrier!

Et pourtant cet homme, océan de patience, continue à s’occuper de l’infirme acariâtre …

… Et pourtant quoi faire ? La maison de retraite? Ce mouroir institutionnalisé ? … Supporter sans rien dire les vexations ? Et puis envoyer sa mère dans ce ghetto … ben … on a déjà fait plus glorieux comme décision … Je suis un peu paumé. Je ne sais pas. Je ne peux qu’admirer le dévouement de ces gens, être révolté par l’attitude odieuse de ces infirmes … pourquoi ce sont les enfants les plus maltraités qui bien souvent se montrent les plus dévoués envers leurs tortionnaires … Vous comprenez vous ? Vous savez quoi faire vous ? Moi pas.

En quittant ce morceau de vie, j’ai eu envie d’en partager une très proche. Il y a une semaine, à Ramomeix, près de St Dié, dans un centre équestre, là encore j’ai rencontre une mine de dévouement. Un couple (jeune : de mon âge … quoi!) et leur fils animent un petit centre équestre au milieu de paysage somptueux et foisonnant de possibilités de randonnées. Et il m’explique leur vie. Ils sont au service de la grand-mère, 97 ans, ancienne artiste-peintre qui hélas est atteinte de sénilité extrême. Là aussi, ils me font part de leurs difficultés à supporter un caractère épouvantable … et même si la si vieille dame n’a plus grand chose de sa tête elles leur en a fait encore voir des vertes et des pas mûres du tout. Elles a toujours eu un grand problème pour établir une relation sereine avec ses proches … et là, je découvre une famille qui lui offre un nid de tendresse pour ses derniers jours. J’ai particulièrement admiré le fils Julien, environ 25 ans qui trouve parfaitement naturel d’assurer tous les soins à son aïeule quand ses parents veulent s’offrir quelques vacances. Je vous laisse imaginer les soins à donner à une telle personne: elle ne s’alimente plus toute seule, ne se lève ni ne se lave ou ne s’habille seule … et son petit fils trouve tout à fait normal d’offrir à sa mémée un dernier gigantesque cadeau de douceur pour celle qui fût si dure pendant toute sa vie. Je ne sais pas si j’en serais capable … Peut-être encore trop de colère ? Je suis perplexe …

En rentrant, j’offrirai à mon tour la jolie pierre aux reflets de vie à un petit bonhomme de 10 ans qui est venu plusieurs fois s’enquérir de mon confort à mon bivouac … et qui m’a même prêté son oreiller quand je lui ai annoncé que je n’en avais pas!

Tendresses …