Trois femmes vivent ensembles. Très bel accueil. Magnifiques

Accès ... délicat

sourires. Posées, « normales » … Y a juste l’accès et le domicile de ces dames qui n’est pas banal: une échelle en ferraille contre une paroi verticale de la montagne puis un accès étroit coincé entre plusieurs mètres de vide et une muraille abrupte conduisant à l’entrée d’une grotte obscure.

 

Ces femmes ne supportent plus aucune onde électromagnétique. Qu’elles soient liées aux portables, mais aussi celles des télés, des radars, celles émises par les fils électriques des réseaux domestiques, les satellites, peu à peu, même les piles de réveils ou autres leurs deviennent insupportables. Pour s’éclairer elles ne supportent plus que les bougies.

– » Cela fait un moment, dit Anne, près de deux ans pour moi, que nous sommes dans cette grotte qui nous protégeait mais il y a de plus en plus d’ondes et nous avons de plus en plus de symptômes douloureux ». J’ai vu cette jolie femme brune aux cheveux frisés, faire une courte sortie pour téléphoner à l’aide d’un appareil fixe relié par fil chez un voisin bienveillant. Sa joue est devenue rapidement rouge et elle l’est restée pendant un long moment … Ces naufragées d’un autre monde (ou prophètes malgré elles) ne peuvent sortir que très rapidement pour aller aux toilettes, se laver, et même leur cuisine – très rudimentaire, à l’entrée de la grotte – ne leur est supportable qu’une heure ou deux. Le reste du temps, elles doivent se « décharger » au fond de la grotte, seul lieu où jusqu’ici elles ne subissent pas les attaques des ondes et peuvent se reposer.

LA grotte

Obligée d’être heureuse ?

Vu de l’extérieur elles vivent un enfer. Froid, sombre et humide. Elles me bouleversent par leur normalité et leur … bonne humeur! . Bernadette, hôtesse de l’air retraitée, charmante femme digne et réservée, tout sauf la pasionaria, arrive à se dire partiellement heureuse – et c’est sûrement ce qui m’a le plus remué – relativise quand même et corrige: « ce qui me fait le plus souffrir est la promiscuité, nous ne disposons que de cette grotte, et nous ne pouvons pas nous isoler ». Dehors je ne supporte plus. Heureuse? Je suis heureuse … en quelque sorte. Bien obligée. Disons que je ne suis plus dans le drame. Quand je pense à l’horreur et aux souffrances connues à l’extérieur, je me sens bien … parfois. La grotte n’est pas étanche, alors quand il pleut dehors, l’eau goutte des parois et du plafond. Cet hiver nous avons eu des températures négatives dans notre « chambre à coucher ». Nous n’avons pourtant pas le temps de nous ennuyer. La moindre des tâches quotidiennes prend souvent un temps fou. Une angoisse : notre refuge nous protège de moins en moins mais où aller? Ces ondes sont maintenant partout.

 

Chambre à coucher

 

 

Sensations – dans cette ambiance – de venir à un rendez-vous clandestin.

Je viens de lire le manifeste de Stephane Hessel (« Indignez-vous! »), où cet ancien maquisard puis haut fonctionnaire appelle à entrer en résistance contre la tyrannie politico-économique occidentale qui nous conduit droit au mur, nous éloigne des idéaux fondateurs de notre république d’après-guerre et achève peu à peu la démocratie. En prenant la mesure du fait que cet homme est un chercheur de haut niveau et surtout ancien partisan, je ne peux m’empêcher de faire le lien avec ce que je viens de voir.

La souffrance de ces trois femmes pourrait bien aussi nous arriver. Ok, elles ont un terrain physiologique propice à accumuler des doses de nuisance dont le seuil de tolérance est inconnu. Autant on sait que les ondes de radar ou de micro-ondes sont nocives à hautes doses, mais que sait-on des autres? Accumule-t-on? Les normes imposées par la législation correspondent-elles réellement à un seuil non toxique pour le vivant? L’envahissement de ces ondes pourrait devenir vite un poison subtil mais efficace à long terme. Quelques rares scientifiques commencent lentement à se préoccuper de ces problèmes mais je suis très secoué en me disant que si elles: 3 humaines de chair et d’os montrent de telles symptômes provoqués par cette prolifération, c’est que, quoiqu’en disent les industriels et leur valets les politiques, ben … nous devons bel et bien y être sensibles et c’est bel et bien un danger grave. Si ces femmes, malheureusement plus réceptives que la moyenne, sont contraintes de se cacher au fond d’une grotte, pourquoi, au vu de la monstrueuse propagation de ce poison, ne serions nous pas, nous aussi, atteints par ces souffrances. Pourquoi, n’accumulerions nous pas, comme elles qui étaient dans leur ancien métier en contact très proche avec des sources dites « sans danger », des doses dites « inoffensives » qui peu à peu provoqueraient un lent dérèglement de notre corps. Cette prolifération deviendrait un réel danger pour tous et non plus seulement pour quelques rares humains plus allergiques que la moyenne mais qui sont en fait à la pointe de l’iceberg du déséquilibre qui subtilement déstabilise les corps de tout humain?

 

Cuisine

 

 

Et si nous entrions en guerre contre cette violence? En urgence. En guerre contre les lobbies industriels (là c’est facile: il « suffit » de se servir de l’arme imparable du boycott mais aussi en guerre contre les diktats politiques qui menacent de plus en plus les fondements de la république, agrandissant chaque jour le fossé entre classes sociales épuisant à eux deux (mais avec notre complicité) chaque jour les réserves de la terre, de l’eau, de l’air et de la biodiversité. Remarquez, le boycot dans ce cas marcherait aussi, c’est bien le nerf de la guerre qui serait touché!  Ne serait-ce pas une violence la façon dont la pub nous matraque un modèle totalement irrespectueux de l’homme et de la nature (attention: et nous de marcher dans la combine!)? Ne serait-ce pas une violence que cette façon actuelle de créer une société à plusieurs vitesses, une justice de plus en plus au service du pouvoir ? Je ne suis pas pour une réponse violente. C’est pourtant déjà celle des banlieues, je ne l’excuse pas mais la comprends. Je ne suis pas pour une réponse violente mais pour une prise de conscience impliquant une entrée en résistance douce mais ferme : résistance à cette ogre insaisissable qui met le pouvoir et le profit en priorité devant le bien commun …

Je dis « Décroissance » ou « croissance vraiment raisonnée ». Je dis encore et encore « Travailler moins, consommer moins et vivre mieux … » Je dis enfin “Dénicher partout le piège du « toujours plus »

Et enfin profiter pleinement de ce que nous avons … pour enfin … être.

Couloir vers la chambre (sec ce jour)

 

Si vous voulez en savoir plus, deux associations soutiennent ces trois femmes: Electosensible (www.electrosensible.org) ou Robin des Toits (www.robindestoits.org), hésitez pas à diffuser mon article ou ce que vous trouverez dans ces sites, il est à craindre que le sort de ces femmes soit sous peu celui de plus en plus de personnes …