Bouuuuuh, là au moment où je vous écris, je me sens sur la corde raide, pas vraiment en paix. Je me suis accordé de rester au chaud et à l’abri cet hiver mais ici, au fin fond de la Drôme et maintenant que les conditions météo ne s’améliorent pas vraiment … disons que je me sens trop bien! Pierrot et Martine de la ferme des Ganaos m’invitent à rester. En plus du travail de bûcheronnage que j’ai effectué jusqu’ici, dans peu de temps va commencer celui de la terre pour accueillir le printemps et inviter beaucoup de graines à s’épanouir sur les sols qu’a préparés Pierrot. Et parmi les raisons de mon voyage, il y a celles d’apprendre à être autonome au niveau de la nourriture. Sécurité et liberté … Vous connaissez?Non, je ne suis pas tombé avec mon appareil ...

Pour voir mon « tourment » d’un autre point de vue, je vous fais part du courriel que j’ai envoyé à mon expatrié québécois de fils.

« Pour mes explorations perso, ça avance … je continue à bosser un peu avec mes hôtes dans la logique woofing, comme j’en parle dans mes articles … avec le dilemme dont je t’ai parlé … alors pour mes hésitations, comme tu le soulignes, la liberté totale, c’est merveilleux mais il n’y a de loin pas que des avantages! Pour corser le tout, une dame – charmante évidemment – aimerait que je lui fasse une fontaine. Cet am je suis également “réquisitionné” pour abattre et débarder des arbres … autrement dit : je suis bien occupé! Et je viens de faire des aller-retour en quad (eh oui, j’ai appris à rouler sur ces engins) amener mon foin pour mes fauves …

Concernant mes rêves de vie sédentaire ou nomade, ben, c’est les deux! Je m’en réjouis, comme j’en ai peur! … Bref, tout comme pour mon trajet à cheval, je laisse faire, y aura bien un déclic tôt ou tard, je pense que cette période de transition est un purgatoire pour qqch de très différent de l'”avant” et je suis ouvert à pas mal de chose… Situation ET passionnante ET angoissante … une chose est sûre est que j’apprends beaucoup et que je suis mon “vrai” chemin! »

Broutage du matin, pas chagrin ...

 

 

Dans un tout autre ordre d’idée : un petit clin d’œil au passage (à niveau qui n’est pas-sage du tout).

Allant à Die, je file à la gare, me renseigner pour des horaires et comprendre les mystères du site internet tenu par la seuneuceufeu … Je souhaite aller voir ma douce et belle Brigitte en train. Pour une fois que je dispose d’un lieu de confiance où je peux laisser mes chevaux, je veux lui renvoyer l’ascenseur de ses visites, elle qui m’offre et me soutient si souvent dans ma démarche. Comme d’habitude, la consultation des horaires des trains français – un comble et je vous donne le tuyau – est infiniment plus facile sur le site des chemins de fer allemand « Die Bahn » (site traduit en français) que sur le site bien officiel de la seuneuceufeu. Or il s’avère que les renseignements sont contradictoires. Je ne fais pas du tout confiance aux informations françaises de la seuneuceufeu et demande à la gare les précisions qui me manquent. Ouuuh-là, le guichetier a l’air bien sévère mais prend son temps avec les clients qui attendent devant moi par contre, chose incroyable, il offre une chaise devant le guichet qui est passée à hauteur d’homme … assis.

Nouvelle surprise, non seulement l’air rébarbatif fond très vite, mais il laisse la place à une gentillesse désarmante. Je profite bien vite de cet accueil et évidemment du siège – manque plus que le café – et nous taillons une jolie bavette fort conviviale. À cette belle rencontre, le fonctionnaire débonnaire offre à mes errements ferroviaires un final qui ne manque pas d’air: non seulement il m’annonce que « diebahn.de » a raison … en France … contre « sncf.com » … mais que cet agent aussi, dans son guichet bien officiel et tout aussi français, préfère souvent aller sur le site allemand pour sa simplicité d’emploi et sa fiabilité … Assis dans ma chaise, j’en reste les bras ballants et le bon monsieur, hilare, m’assène le coup de grâce en rajoutant que ses confrères consultent tout autant ce site!

Plus du tout de comments …

T'as déjà vu un cheval qui ne broute pas en rando?

 

Pour finir cet article je vous offre cette très belle histoire vécue à la St Valentin…

…Bon, autant être clair tout de suite, moi la St Valentin, je m’en tamponne pas mal le coquillard et même si je culpabilise un peu, Brigitte ma douce Valentine, a également l’air de s’en soucier comme de son premier soutien-gorge. Nous savons nous faire mille attentions bien en dehors de cette fête! Juste que c’est la St Claude le lendemain (et celle de Kaliméro me semble-t-il) et qu’il n’y a qu’un fan (femme évidemment) qui ait pensé à me souhaiter cette fête … Passons sur les contradictions de mes propos.

Et pourtant … pourtant, ce 14 février j’ai été très ému.

Comme tous les soirs, j’arrive à la table d’hôtes de mes gîteurs le la ferme des Ganaos de l’assoc’ «Accueil Paysan » hé oui, j’y étais déjà à cette époque, même qu’ils aimeraient bien que je reste encore … et surprise, Martine a décoré la grosse table de chêne avec de mignons petits cœurs bien cucul… Bon, ok, y a mon masculin rustre et frustre qui prend un court instant le dessus, mais si chères (et si nombreuses) lectrices, rassurez-vous, ma délicatesse naturelle (arrêtez de rire, là au fond de la salle, oui, mais dans le fond – pas le fond de la salle, celui de mon cœur – je suis très, très romantique) reprend vite le dessus et je me dis qu’il y a du nouveau (*).

(*) Elle était longue et compliquée cette phrase – j’ai eu du mal à la pondre – je vous invite donc à reprendre votre souffle … Lààààà …

Légèrement honteux de mon jugement hâtif, je me rattrape donc en savourant la touche féminine apportée par Martine. Un couple est assis à la table, me salue et continue à papoter avec Pierrot. C’est l’heure de l’apéro, la table est encore plus soignée que d’habitude l’ambiance est conviviale, presque feutrée. Les pierres et les poutres de la cuisine où nous mangeons sont propices à cette atmosphère douce et familiale. Le couple est adorable, Jean-Yves, issu du milieu gitan, grand et sec, les cheveux sombres et les joues encombrées d’une brosse de poil drus et serrés est très ouvert et attentif, il affiche une trentaine bien entamée. Elle, Laetitia une petite vingtaine toute timide, prendrait bien le rôle d’une fée en lui donnant la baguette de cet état et en lui passant la robe vaporeuse de l’emploi. Tant elle est belle. Brune également, elle rayonne à la fois une grande tendresse, une grande force mais aussi – derrière sa discrétion – une grande souffrance. La St Valentin, malgré mes réticences, leur va bien. Finalement je fonds … m’enfin , ne le dites pas à Brigitte, j’aurais du mal l’année prochaine à éviter la tradition.

Ce n’est pas de cette émotion dont j’ai envie de vous parler, elle aussi peut paraître cucul mais ce soir, mon petit magicien a aspergé la salle d’un mélange subtil de confiance, d’ouverture et surtout de respect. Pierrot a décidé de mettre sa gouaille en sourdine et je remarque que Jean-Yves n’a fait qu’effleurer son verre d’apéritif et ne prend plus du tout d’alcool par la suite. Je lui en fait la remarque. D’abord réservé, peu à peu il se livre.

Il y a quelques années, il buvait … quatre bouteilles de pastis … par jour. Je lui ai fait répéter ces mots, je n’y croyais pas. Quatre, pastis, jour. C’était bien ça … moi qui ai la chance de ne pas supporter plus de deux verres par repas, je pensais cette quantité impossible. « J’étais au fond du trou, me dit-il, je sombrais : pas vraiment conscient de la gravité de mon état ». Je lui demande : « tu as dû aller en cure de désintoxication plusieurs fois? » –  « ben non », Fort de l’expérience de Poët Laval, je suis septique, je lui parle un peu des personnes qui vivent au « Gué » qui rament et rament, chutent et rechutent pour essayer de se sortir des drogues, légales ou non. Patrick me raconte alors comment il s’en est sorti. En écrivant ces mots, j’ai de nouveau la chair de poule tant j’ai été secoué par l’image qu’il m’a donnée: « j’était au fond du fond, presque clodo, vivant comme je pouvais de petit boulot, hanté par mes bouteilles quotidiennes. Ma famille me rejette de plus en plus quand ma sœur me confie ce qui devait rester un secret entre elle et sa petite fille.

-«Elle m’apprend que ma nièce, tout petit bout d’choux de 10 ans, met tous les jours, casse sa tirelire, un cierge à l’église pour que son tonton arrête de boire … en découvrant la foi et la détermination de la gamine, j’ai arrêté de boire du jour au lendemain, sans médicament, sans autre aide extérieur… » .

Poursuivant et me souvenant – malgré les médicaments de substitutions – des douleurs perçues par les participants du « Gué » lors de leurs post-cures je lui demande : – « le sevrage a dû être atroce ? »

– « Oui. Répond-il  … puis un silence …  je ne pouvais plus rien faire pendant plusieurs mois, mais en m’accrochant à ce qu’a fait ma petite nièce j’ai tenu. C’est sa confiance qui m’a sauvé. Depuis je ne bois plus qu’un petit apéro par-ci par-là, comme ce soir et encore très rarement. Je me suis accroché, j’ai retrouvé un peu de travail, mais maintenant avec Laetitia nous voulons redémarrer une nouvelle vie. Le maire de Valdrôme nous a trouvé un petit logement et du boulot pour elle: il lui a confié d’accompagner des anciens du village, pas mal d’entre eux ne demandent pas grand chose mais ont un immense besoin de soin et d’attention. De mon côté, je connais beaucoup de monde qui me proposent du travail, je sais faire pas mal de choses! » Jean-Yves m’a expressément autorisé à raconter son histoire. Suite à un lourd malentendu avec les volontaires du « Gué », je ne parlerai pas des douleurs de sa jeune compagne mais là encore les larmes étaient là et je reste en admiration devant tant de courages pour sortir de situations inextricables et dont la seule issue à priori est l’exclusion, la rue et bien souvent la mort.

À la fin de cette soirée nous nous sommes séparés très différents, les uns ayant pu alléger en confiance leurs terribles bagages, les autres émus et nourris de ces témoignages si chargés d’espoir et de confiance. Merci Jean-Yves, Merci Laetitia, mais Merci aussi à vous Martine et Pierrot d’avoir su créer cette bulle de sécurité et de respect qui a permis une si belle rencontre.