Là, en ce début novembre, j’arrive à Indian’s Vallée, près de Chabeuil. J’y avais déjà été il y a quatre ans (bien malade) et ça me fait tout drôle d’y revenir. Une vraie petite vallée où se côtoient une vingtaine de chevaux, des tipis, un saloon, des carrières, le tout dans un décor indien du far-west. Belles retrouvailles avec Christophe et Marie qui acceptent sans hésiter que je reste quelques jours malgré l’hivernage de leurs structures. Je vais enfin pouvoir écrire et rattraper un gros retard … c’est que j’y prends goût à ces articles de blog et mes doigts ont de plus en plus besoin de danser sur le clavier pour que je puisse partager avec vous mes émotions. Même si je ne réponds pas à tous mes messages, je suis de plus en plus motivé par votre soutien internetteux! Arroser mes racines!

Portant aujourd’hui, je suis partagé: d’un côté, j’ai du temps, je peux me reposer, j’ai même eu le grand plaisir de pouvoir me glisser sur le sable d’un manège où Sarah (artiste, pas jument) prépare un numéro de cirque à côté des bisons et de la « bank of Indian’s Vallée» (je suppose qu’elle accueille les chercheurs d’or). Photos autour de la jeune acrobate et de Zigano son hongre. Un large tissu l’enveloppe et la berce, le cheval essaye de trouver sa place auprès de sa complice lovée dans les plis bleus jaillis de la charpente.

… Mais je suis à nouveau seul.

Harmonie a été invitée à rester au bord de l’Isère, son mollet suturé la fait souffrir, et l’étape que nous avions faites avec ses cicatrices encore bien fragiles n’a pas arrangé les choses …

Mais je ne voulais pas rester avec elle … et j’ai eu assez peur.

Faut que je vous raconte un peu le contexte, il n’est pas évident.

Il y a deux jours, peu après la morsure du chien et le début de convalescence chez ses propriétaires, Harmonie a fait un essai à cheval avec nos nouveaux amis qui nous aidaient si bien. Elle a mal, mais pense que nous pouvons continuer. OK, nous avions de solides scrupules à accepter une si longue hospitalité et l’herbe commençait à manquer, bref … l’appel du Camino est trop forte, il fait beau ce jour, nous repartons. Belle étape. Vues superbes sur le Vercors, sourire, le passage du pont sur l’Isère relaté précédemment reflète bien l’ambiance du moment. Accueil très sympa d’une famille de paysans, installation dans leur grange, bref, tout semble reparti. Mais … il y a un mais car Harmonie souffre toujours. La famille qui nous accueille lui propose de rester pour se soigner. De mon côté je suis pas mal au bout de ce que je peux donner à la belle déchirée, je n’ai plus de temps pour écrire et j’ai du mal à me faire rabrouer par la jeune cavalière quand mon aide ne correspondait pas tout à fait à ses attentes. Disons que j’ai besoin d’air! Le nouveau pré où sont nos quatre crinières ne supporte pas plus d’une nuit autant de sabots, bref, une séparation que je souhaite momentanée semble arranger tout le monde.

OK.

Hélas, la séparation n’est pas sereine, je vois une Harmonie qui s’éloigne de moi tout en se découvrant une très forte complicité avec nos hôtes … A moins que l’éloignement ne vienne de moi car je fatigue à jouer les infirmières-palefreniers peu reconnus. Malaise, besoin momentané de distance ou vulgaire jalousie? Vaste pagaille sûrement!

Attention, je dois rajouter une donnée à mon tourment. Quelques jours avant, nous avons vécu plusieurs étapes très riches au niveau spirituel. L’une dont j’ai déjà parlé: chez les trappistines puis l’autre : deux jours à St Antoine l’Abbaye, partiellement accueillis par la communauté de l’Arche. Bien qu’elle ait eu à subir un moment une réputation de dérives sectaires (injustifiée?) je me sentais très bien accueilli par ce groupe et j’ai eu une très longue discussion avec Pablo, ex routard d’à peine plus de 20 ans, sur le fonctionnement de cette communauté dont la vocation première est de poursuivre l’œuvre non-violente de Gandhi et Lanza del Vasto. Cette assemblée m’est apparue conviviale, respectueuse de la réelle liberté de chacun et surtout ses statuts impliquent des prises de décisions très consensuelles. Ces aspects m’ont donné confiance. Contrairement aux sectes dangereuses, ce n’est ni le cul ni l’argent ou le pouvoir qui sont les moteurs de leur dynamique mais surtout le besoin de convivialité œcuménique et d’épanouissement spirituel dans un soucis d’auto-financement durable. Et ça marche! Harmonie était fascinée par cette communauté, à la limite même un peu trop.

Elle retrouve aujourd’hui au bord de l’Isère un autre groupe de prière qui la fascine à nouveau. Et de mon côté je retrouve le même malaise de ce « trop ».

Je saute sur ce récit pour déblatérer au sujet des sectes. Au fait, c’est quoi une secte ? J’ai regardé un jour une émission TV où un prêtre, membre d’une association nationale de défense des familles énumérait les conditions d’attribution du label de « secte » … Et j’ai doucement rigolé car toutes les caractéristiques s’appliquaient pile poil … à l’église catholique! Hiérarchie, argent, manipulation, tout collait! Je vais même maintenant plus loin: les dictats de la médecine conventionnelle, de la science officielle, les abus de l’état qui devient lentement dictature ou d’autres grandes institutions indéboulonnables me poussent tout autant à qualifier les agissements de ces groupes de “sectaires”. De quel droit pouvons nous empêcher quelqu’un de fréquenter les adeptes de Krishna, un couvent carmélite, une médecine déshumanisée ou absorber une nourriture industrielle et officielle empoisonnée ??? Mais de quel droit pouvons nous laisser un Temple solaire vampiriser ses adeptes ou un groupe thérapeutique prostituer ses enfants ???

J’ai beaucoup de mal à faire le tri. Je sais qu’il existe des sectes dangereuses qui manipulent et exploitent clairement leurs adeptes mais je n’en ai jamais connues qui aient provoqué la mort de 3000 personnes par le sida via des pochettes de sang bien officielles et à la dangerosité connue des hauts responsables politiques et médicaux! Le tout sur fond de joli baratin sécuritaire et précautionneux … « Juste » une histoire d’intérêts, de pouvoir … de paille et de poutre. Aux enjeux souvent vitaux. Notre petit agité de président ferait un bon gourou au milieu d’adeptes bêlants, rouspétants mais bien obéissants … Mais au fait … où sont les sectes ???

Et maintenant je me retrouve seul près de mes indiens à me tourmenter sur le sort de la belle Harmonie avec laquelle je n’ai même plus de réels contacts. Où en est-elle? Que devient-elle? Ai-je le droit voire le devoir d’intervenir? Des proches d’Harmonie avaient déjà essayé de la retenir à tout prix mais avaient provoqué sa fuite plutôt qu’autres choses.

Je fantasme sur une éventuelle prise de pouvoir sur sa ravissante personne en état de faiblesse. A torts. En attendant, je souffre de cette distance et de ce silence.

Continuer ou revenir en arrière ? La veille de mon départ d’Indian’s Vallée, je reçois enfin un courriel de sa part, des détails, de la chaleur, son enthousiasme: une de ses blessures s’est infectée, son téléphone portable ne fonctionne plus mais elle est merveilleusement bichonnée par les paysans qui la reçoivent! Et surtout elle est impatiente de guérir pour reprendre la route!

Ouf, je vais mieux et continue vers le sud!