//// Marée de crinières.

Après Viry, encore dans l’Ain, fin septembre. Fuite d’un petit poney noir, une cinquantaine de chevaux autour de nous … une grande jument menaçante … sortir de ce parc qui est traversé par mon GR ne va pas être tout à fait évident !  Shakti que je monte ce matin gigote dans tous les sens au milieu de cette bande de pots de colle. Je soupçonne que ma belle veut en découdre avec la grande brelle agressive qui nous menace. Malgré plusieurs cabrages elle reste néanmoins aux ordres …  parfois uniquement sur ses postérieurs!  Gamino – bâté ce jour – … garde, comme d’hab, un calme olympien !  Faut que je descende pour passer la clôture, mais apparemment cette troupe d’excités me respecte … oup’s … sauf ce petit poney noir qui nous suit et s’échappe … Rassurez vous, il sera vite ramené dans son troupeau !

Mmmmm, la suite en sera d’autant plus belle : une petite heure plus tard,  nous nous posons dans une petite combe dont le calme m’impressionne et m’enveloppe d’un bien doux cocon … En dehors du froissement des herbes par mes crinières et de leur mastication je savoure un silence rare. Pas un souffle de vent, pas un bruit, pas un oiseau ou un insecte pour rythmer la vie qui m’entoure, pas un avion pour troubler l’eau de cette paix. J’évite de froisser les papiers de mon repas pour ne pas déranger cette sérénité. J’entends l’herbe pousser. Je me revois dans une combe en plein Sahara où là aussi plus un seul bruit ne venait animer l’espace. Instants de paix parfaite. Fleur de pur épanouissement, plus rien à prouver.  Prière.

//// Infidélité de mon vétéran.

Peu avant Yzieu dans l’Ain. Surprise : pour la première fois je rencontre deux cavaliers en balade. Et sympathise très vite … surtout que ces cavaliers sont en fait de mignonnes cavalières !  A savoir que j’ai bien pu me fiche d’une d’entre elles … elle avait un drôle de câble sur sa selle … elle m’explique qu’en fait c’est la partie fixe d’un système de sécurité qui déclenche un véritable airbag en cas de chute et transforme illico la maladroite en un bibendum fort séduisant … Bon, j’ai bien rigolé, mais la charmante m’explique qu’elle adore la balade à cheval … mais tombe tout le temps !  Ma foi, c’est aussi une solution. Hélas elles ne peuvent rester bien longtemps, et les voilà qui repartent … mais à trois chevaux !  Mon Gamino resté libre depuis un moment – il nous suivait depuis pas mal de kilomètre sans attache – … décide de changer de guide et suit ses deux belles dont les montures ont l’infini avantage de n’être pratiquement pas chargée ! « Viiiiite, emmenez-moi : regardez ce que ce tortionnaire m’oblige à trimbaler ! » Shakti , tenue en longe depuis le début (pas fou, j’ai pas envie qu’elle me refasse une fugue !) trépigne brutalement et hennit tout aussi énergiquement en voyant son pote lui faire faux-bond … « Héhéhééééé ! revient, me laisse pas avec c’t’ingrat, Gaminooooo, revient ! »

Heureusement, je me doutais bien de cette escapade, ou du moins voulais tester ce que ferait mon vieux compagnon et avait demander à mes belles cavalières de jouer le jeu !  Elles m’ont bien entendu rapidement ramené le fuyard qui est arrivé – quand même- au grand galop pour nous rejoindre …

M’enfin je me suis un peu senti abandonné. Snifffff … Et me console avec Shakti qui a bien changé depuis sa fugue à Viry (voir article précédent : « Ouuuuuh ça aurait pu tourner encore plus mal … »). J’ai le sentiment qu’elle a muri, et loin de s’aigrir ou se renfermer, elle est plus calme et gère bien mieux ses difficultés ! Entre autres : lors des l’arrêt je peux enfin l’attacher au licol et plus juste aux paturons  et de plus elle avance mieux en tête quand je la monte. Ce qui s’est passé avec le troupeau de chevaux sus-mentionné est aussi une bonne illustration de son évolution.

Gros progrès.

//// Marcher les yeux fermés.

Pour les pratiquants : belle découverte en méditant … tout en marchant. En restant attentif à ma respiration … fil rouge de mes méditations, je constate que je n’ai plus à m’occuper de mon chemin : même s’il n’est pas tout à fait plat … ben j’y reste et ne trébuche pas !  « On » s’occupe de moi … pourvu que je fasse mon boulot en restant centré sur mon souffle …

Remarque c’est en lien avec une autre découverte : en ne s’occupant plus de la carte topo, en se laissant une fois de plus guider par le petit Magicien (ou le grand Couillon) on ne se perd plus ! Paradoxe … et pourtant évidence … se perdre est « juste » le sentiment de ne pas savoir où l’on se trouve par rapport à des références standards … mais il y en a d’autres ! Mmmmmmm, se laisser porter par une main géante et bienveillante !  La vie m’aime !

//// Passage du Rhône… (ou du paradis à l’enfer …)

Après plusieurs jours de gavage de panoramas sublimes et de météo idéale, j’arrive à Izieu, tout au Sud de l’Ain, là où 44 enfants ont été déportés. Il fait chaud, mais hélas en ce début d’octobre ce serait plutôt mauvais signe, les nuages qui accompagnent cette température exceptionnelle confirment mes doutes. LA pluie n’est pas loin. Le Rhône est en vue : il serpente entre deux énormes falaises : celles de la fin du massif du Jura et celles de la Grande Chartreuse. Magnifique encore … mais le mec de la déco aurait pu éviter les grosses masses noires qui font office de ciel cette après-midi. Et peu avant d’arriver sur le pont qui passe le fleuve, là où la Savoie, l’Ain et l’Isère se touchent, la pluie s’installe. Elle est lente et paresseuse mais constante et décidée à durer un bon moment. P’t’être qu’ils ont prévu ce scénario pour me laver de toutes les traces de nature que je transporte … ça pollue l’ambiance. Pire : après avoir connu de longues périodes de silence et de nature, brutalement, arrivent pêle-mêle, odeur d’usine et de gaz d’échappement, bruit de chantiers, forêts encombrées de détritus ou saccagées par des aménagement douteux … bref, je me retrouve trop près de St Genix (où il n’y a pourtant pas 3000 habitants) et supporte assez mal le choc. Vite, retrouver le GR. Ouf, je suis à nouveau sur ce chemin mais il reste encore bien trop civilisé à mon goût. Pour la petite histoire, je suis à cheval (dans les deux sens du terme !) pendant un kilomètre sur la frontière entre l’Isère et la Savoie, je peux donc frimer et ajouter deux départements à mon palmarès !

Il commence à se faire tard, le jour se couche dans deux heures, et il pleut toujours. Chercher de l’eau pour ce soir, et me préoccuper de mon bivouac. Un gars remplit mes gourdes et m’indique un pré où poser ma tente et mes chevaux mais m’informe aussi d’une grange abandonné pas loin où je serais à l’abri. Ah ? j’y file.  Super la grange : en bon état, ouverte, sèche … mais … elle à moins de cinquante mètres de l’autoroute … l’horreur ! Et il pleut de plus belle. Tant pis, je squatte la vieille bâtisse. Heureusement l’herbe est sympa et la sérénité de mes bestioles me calment … un peu. Je passe vraiment du paradis à l’enfer. Plusieurs maisons d’habitation pleurent derrière nous.

Dur dur comme transition. Je resterai un long moment à regarder les voitures mais surtout les camions défiler devant mes narines …

Effaré.