Un soir chez les Dechico … Hélène reprend

Au bivouac du col de la Cartara

le piano qu’elle n’a plus touché depuis ses longs mois de déprime. Bardée de diplômes et de prix prestigieux (une habitude dans cette maison), cette femme anéantie reprend lentement le chemin de la lumière, celui que la musique lui ouvre. Et cette famille de musiciens si cultivés qui m’accueille avec tant de simplicité m’offre d’être le public … d’être le témoin … de ce sursaut qui permet de s’appuyer sur le fond si redouté que vous fait toucher une dépression … Toucher le fond … oui et tant mieux! On peut y rebondir pour enfin refaire surface!

Au son de cette sonate pleine de promesses, Jean, son jeune père, septuagénaire bien confirmé, riche de multiples souvenirs passionnants, en pleure de bonheur.

Miracle de la Musique

Bien que souffrant, il se montre d’une très grande générosité: je dévore le récit de sa vie … Prof de maths … (oh pas longtemps, vous inquiétez pas!), directeur de maison de la culture … diplomate en plein conflit libanais, voyageur infatigable, passionné de désert … nous ne pouvons que nous retrouver dans toutes ces images.

Hélène, très volubile, n’en peut plus de son univers parisien, elle sent bien que sa vie est ici, dans cette montagne au sud du Massif Central. Je l’ai vu renaître en caressant son clavier mais aussi sur la selle de son cheval. Je soupçonne que la liberté de ma démarche et les rêves de nomades que je sème, participent à son réveil. Elle m’a avoué avoir confié à une de ses amies: « qu’il y a un ange à la maison ». Ouuuuuh, mes chevilles ont failli enfler mais ce jour, j’ai accepté l’expression de cette reconnaissance, mmmmmmh!

Après mon départ de St Jeure avec un Gamino encore bien fragile du paturon, je suis merveilleusement accueilli dans ce foyer pourtant en souffrance.

Éliane, la maman, m’offre cette deuxième phrase : « on dirait que vous êtes dans notre maison depuis toujours » et son mari de rajouter en évoquant la suite de mon voyage : « d’une présence légère pour une absence lourde! » et en m’embrassant, juste avant de partir: «  je vais téléphoner à Christian qui t’a donné notre adresse pour le remercier d’avoir été à l’origine de ta visite! »

Titi fesses au Mont-Blanc

Et moi de leur dire : « immense Merci à vous aussi, ce séjour est le point d’orgue des rencontres de mon Grand Voyage, j’ai également beaucoup reçu ». Des larmes coulaient sur mon visage, juste après la prise de la photo que vous découvrez, au moment où mes Anges et moi avons repris la route.

Une de mes dernières étapes ... une des plus belles ...

 

Je découvre que je peux (enfin!) rester un long moment chez mes hôtes en y étant heureux et peut-être même en offrant du bonheur (… et même un peu de main d’oeuvre!). Depuis quelques mois, je constate que je n’ai plus envie de fuir mes hôtes, plus un besoin frénétique de reprendre ma boussole. Je crois que ma présence a pu apporter un appui autour duquel cette famille étonnante a pu prendre un virage important dans le tourment actuel de leur vie. Merci à vous de m’avoir fait confiance, le témoignage de vos difficultés et le regard extérieur que j’ai pu vous donner m’ont une fois de plus conforté dans ma foi en la fécondité du partage … même dans la douleur. Cette terrible maîtresse peut alors délivrer son message à grandir.

Point d’orgue ? Ben oui, point d’orgue. Fin d’une grande symphonie de près d’un an et demi. Je n’ai pas le courage de continuer à cheval jusque chez Brigitte près de Sens dans les conditions hivernales qui montrent maintenant nettement les bouts de leurs nez glacés. L’herbe givré crissait sous mes pas, il faisait -3°C l’autre matin quand je suis sorti de ma tente près de Bourg Argental dans la Loire, je suis équipé pour supporter ces températures … mais mon plaisir est quand même plus limité. Je n’ai pas non plus le courage d’en demander trop à mon courageux convalescent de Gamino dont la plaie se referme un peu trop lentement à mon goût. Je crois que la marche lui fait du bien, beaucoup de bien, mais au delà de deux/trois heures sa plaie recommence à saigner et à suinter. Nous revenons de bien trop loin pour prendre le risque de voir cette affreuse blessure se rouvrir! La pousse du poil d’hiver fatigue mes Crinières et je reste souvent plusieurs jours aux étapes accueillantes. J’ai donc accepté que Brigitte organise avec un passionné notre transport, nous rentrerons donc en camion samedi (29 octobre)! Tiens? Le doux lapsus qu’est ce mot « rentrerons », je n’ai jamais habité là-bas et quand je suis parti il y a presque un an et demi … c’était sans retour! Je corrige en disant que … nous terminerons notre Grand Voyage dans la maison de ma Douce samedi.

Dernière image de mon Grand Voyage ?

Pour en reprendre bientôt un autre? Très certainement. En effet, suite à toutes mes pérégrinations, et surtout suite à toutes mes rencontres, je crois être tombé amoureux de ces régions, elles sont très belles, ont l’avantage d’être restées proche de la nature… et d’être habitées par des gens chaleureux qui quittent souvent leurs maisons ou leurs voitures en laissant les portes ouvertes ou les clefs sur le tableau de bord! Je passerai donc l’hiver à poursuivre mes recherches immobilières avec des moyens plus conventionnels pour trouver ce nouveau paradis où mes chevaux, Brigitte et moi prévoyons de construire une nouvelle vie …

Mais ceci sera une autre histoire!

Il est donc bien probable que cet article soit le dernier que je ponde avec mes selles et bagages étalés près de moi!

Je veux vous saluer, vous qui m’avez suivi et surtout encouragé par la voix/e de vos claviers et surtout vous remercier. Vous avez été mon fil rouge. Le travail que j’ai choisi de faire en rédigeant mes textes et soignant mes photos a été grandement motivé par votre soutien!

Merci encore et … peut-être à plus tard pour un livre ou de nouvelles aventures!

" frrrrrrhh ... et dire qu'il prétend que je l'ai choisi pour m'accompagner ... "

 

 

Shahana (sans oublié Shakti dont j’ai de très bonnes nouvelles), Gamino et Claude