Ce 10 novembre, je suis au Mas aux Ânes près de Vaunaveys (26) et là, je reçois un drôle de courriel … Harmonie m’annonce que Roland est décédé. Brigitte est avec moi à ce moment, elle m’a rejoint comme elle le fait toutes les deux-trois semaines. Nous voulions déjà aller rendre visite à ma coéquipière, inquiet, mais là je suis pressé d’en savoir plus.

Roland est le vieux papa des agriculteurs qui bichonnent si chaleureusement la belle blessée. Le soir où j’étais présent, en arrivant chez nos derniers hôtes communs, cet octogénaire nous avait accueillis avec un sacré sourire et surtout avec ses chansons et sa fierté de les avoir retenues et les chanter encore en public. Ce vieil homme fait partie des exemples dont je parle parfois, ils sont des modèles pour moi. Ces anciens me disent qu’on peut très bien être vieux et néanmoins garder un rôle dans son entourage. Roland conduisait encore son tracteur et s’occupait des petits animaux. Il me rassurait. Son enthousiasme si rayonnant et sa confiance en la vie entrait en totale opposition avec la moyenne pleurnichante et blasée des vieux de 20 ans (et plus) que je rencontre encore trop souvent! En recevant le témoignage de cette famille et de ce vieil homme je supportais d’autant plus mal la façon dont nos vétérans sont parqués dans des maisons de retraite où trop souvent ils ne sont plus que des bouches inutiles à nourrir, des corps sans intérêt à entretenir. Remarque, un bel âge serein … p’t’être que ça s’prépare!

Roland faisait partie de ces lumières et Harmonie, lors de ma visite, m’annonce que ce décès est un accident. Elle était seule à la ferme avec lui, elle se reposait à la maison et lui travaillait dans un hangar. Inquiète de ne pas entendre le tracteur bougé, elle est sortie et l’a trouvé immobile, coincé sous une énorme porte en fer qui s’était décrochée. C’est elle qui a déclenché les premiers secours, qui se sont hélas avérés inutiles, et elle qui a dû déposer une déclaration chez les gendarmes (très humains m’a-t-elle précisé). Dur, dur, là encore. Harmonie je pense aussi à tout ce qui tombe sur tes épaules et essaye de compatir.

Merci Roland à toute votre famille qui nous a permis de participer à cet au revoir et de la même manière que vous m’avez souhaitez « Bon Voyage » lors de mon départ à cheval, moi aussi je vous le dis maintenant: « Roland, Bon Voyage à Vous»

Gérard.

Noëlle du Poney-club « l’Okapi » de Montvendre m’avait suggéré de rencontrer Gérard au Sud de Vaunaveys. Je le contacte, et ce grand randonneur m’accueille à bras ouvert bien que je lui avais précisé que je voulais travailler à mes textes et courriers! Nous avons longtemps échangé de nos techniques et le soir a été à celui qui donnerai la plus fine astuce pour conjuguer poids, volume, confort (du cavalier et du cheval) et simplicité dans nos équipements.

Le lendemain, Gérard est allé chercher un cheval qu’il vient d’acheter. Il arrive dépité, le cheval, Timber magnifique Criolo bai, est bien là mais mon hôte ne supporte pas que ce cheval soit très inquiet. C’est vrai qu’il bouge beaucoup, nous crains mais je le trouve très attentif, présent et surtout je trouve que ce cheval n’est ni vicieux et a l’air plein de bonne volonté malgré son agitation. En fait il me plait beaucoup ! « Gérard attend donc demain, lui dis-je, c’est vrai qu’il gigote beaucoup mais c’est normal! Il fait nuit, il ne connait personne, tout est neuf alors … comprends qu’il ne respire pas la sérénité tout de suite! » – « Mais non, j’ai encore fait une connerie, je n’aurais pas dû me séparer de mon ancien cheval et la selle que j’ai acheté ne lui va pas du tout! » Il se couche avec un moral de fond de poubelle, je lui suggère d’attendre les conseils avisés de la nuit!

Le lendemain je me prépare à partir et Gérard se réveille paré d’un tout autre discours. Il veut m’accompagner un bout de chemin avec son nouveau compagnon. Là, je pousse un solide ouf et suis enchanté de sa demande. Je lui donne quelques idées pour modifier sa selle. Au boulot et on y va. Une météo superbe escorte nos enthousiasmes frétillants.

Et je confirme que ce cheval est délicieux. Il est volontaire, attentif, presque calme, bref il devrait faire un très bon cheval d’extérieur. En lui offrant le temps de s’adapter à son métier et son humain!

Parfait en campagne, il est un peu moins facile en ville, nous traversons néanmoins Crest sans grosse difficulté … jusqu’à ce que nous croisions une manif bien bruyante, avec flics en tête, orchestre au milieu, costumes noirs mais surtout … avec un énorme squelette grimaçant et gesticulant! Il domine nos chevaux de près de quatre mètres … alors évidemment, comme à Viana en Espagne avec les poupées de cinq mètres … disons que c’est un peu la panique! Même mon vieux routard est effrayé! Nos crinières sont très agité et la maréchaussée nous montre son inquiétude… -« Allez! M’sieur l’agent, une ou deux photos et on s’en va! » Hélas à ce moment Gérard commet une erreur en descendant de cheval. On est plus en sécurité sur son cheval qu’à terre en cas de situation délicate! A terre on ne contrôle que la tête du paniqué, mais sur lui on peut espérer contrôler tout son corps. – « Frrrrh, dit Gamino et Timber en coeur, grouille on s’tire vite fait! » – « Bon, bon, on y va … c’est que ça m’amuse tout ce tintouin! On continue, Gérard à terre, et nous en configuration de voyage standard. Timber reste très nerveux tout en suivant son nouveau maître qui peste à nouveau contre ce trouillard! J’ai beau lui dire que ce qui s’est passé est parfaitement normal, que cette épreuve est très difficile pour n’importe quel cheval … à fortiori donc pour celui qui ne connait ni cet environnement, ni l’humain qu’il a sur le dos ou les congénères inconnus équipés de drôle de matos … Gérard finit par admettre mes arguments et s’apprête à remonter sur son hongre.

Et là les événements tournent mal. Timber n’est pas encore assez calmé et bouge énormément au moment du montoir… qui devient brutalement un descendoir! Merde, le cavalier passe sous le cheval, et re-merde le cheval marche sur le malheureux. Vite, Timber veut s’enfuir, in extrémis j’ai pu le récupérer, Gamino bien qu’encore assez nerveux a bien réagit et Timber accepte de rester avec nous. Shakti ne bronche pas plus que pendant la manif, confirmant qu’elle est idéale en cheval de bât! Vite, maintenant retourner vers le voltigeur. Ouf, il est maintenant debout et bien que très pâle marche à peu près normalement!

Un pré bien vert nous offre de nous ressaisir et d’estimer les dégâts. Le sabot et les 500 kg qui y sont attachés ont écrasé le tibia du blessé, mais rien n’est cassé, un énorme hématome a eu le temps de montrer qu’à l’intérieur les tissus de la jambe ont été bien malmenés … à priori rien de grave, mais une à deux semaines de douleurs attendent Gérard …

Mon hôte veut maintenant rentrer chez lui, il ne veut pas que je l’accompagne. J’ai beau lui expliquer que ce ne sera pas ma première étape à zéro kilomètre, il veut rentre seul. Bon. Assez ému, je le remercie de son accueil mais lui aussi me remercie de toute l’aide que je lui ai donnée … en précisant que pour ce dernier coup … ben ça aurait tourné à la cata si je n’avais pas été là pour récupérer l’affolé. Il s’éloigne en tenant sa monture en main. J’attends et finis par le suivre … discrètement à distance … avec mes deux chevaux. Mouuuuais … discrètement. Il est finalement remonté et a l’air d’aller bien, Timber ayant enfin retrouvé son calme et son allant.

J’espère qu’avec du recul je pourrai dire que nous avons eu plus de beurre que de miel … enfin un truc dans l’genre!

24°C, centre équestre + berger qui me connait = 4+5 11 JdB