Un peu après l’étang de Bressieux (sud du département de l’Isère)… autour du 15 octobre … « au secours, je n’ai plus mes fontes! »

Car à vannes en route

Là, je ne suis pas tranquille du tout: je viens de m’apercevoir que j’ai perdu ce bagage. J’aurai dû m’apercevoir de cette absence … mais mon Généreux – sellé ce jour – était derrière moi sans longe à nous suivre avec sa collègue la jeune et belle Shahana …

Sur Shahana, entre Altaï et Sarah

Et ces satanées fontes ont profité de cette situation pour se faire la belle (expression carcérale n’ayant rien à voir avec la belle Shahana bien entendu!) résultat ch’suis pas très fier! « Bon, ben Harmonie, tu veux bien prendre en charge Shakti pendant que je file avec Gamino retrouver ces fuyardes? » –  « Ok! Je continue seule et dès que je trouve un endroit sympa et bien broutable, je t’attends avec les trois bestioles! »

Hé, ho, vous me laissez un peu de place ?

Et c’est reparti … à l’envers … et ça les chevaux ils aiment parce qu’ils connaissent le chemin et sont bien plus à l’aise … Beau petit trot calme dans un sous-bois magnifique. Je me prends ça comme consolation. Mmmmmmh! Gamino n’attendait que ça, voilà un mois qu’on reste au pas pour cause de cicatrisation de blessures. Et tout en restant bien doux, souple et fluide, nous nous offrons quelques kilomètres de plaisir … Ouf, je retrouve les fugitives : « ah quand même! rouspètent mes deux fontes hypocrites qui gisent là, pitoyables en plein milieu du chemin – non seulement tu n’as pas vérifié nos attaches mais en plus tu traînes pour nous retrouver!  Cavalier de mes … » … « De tes ??? » … « Oh ça va hein! ». Miel! Faut que je me farcisse la mauvaise humeur de ces vulgaires sacs en cuir …

Retour vers le gros (je ne parle pas de Gamino) de l’équipe. Mais boudiou, ils sont où? C’était convenu, ils resteraient sur le chemin balisé jaune, direction Sud. Une heure passe et je ne les trouve pas. Tiens un petit hameau, oh! les trois juments sont attachées là. Un homme vient à notre rencontre: la cinquantaine, grand, brun, le visage rond et jovial, très beau sourire, je suis tout de suite à l’aise, Harmonie suit, précédée elle aussi d’un sourire radieux (faut bien dire que de ce côté elle sait souvent l’épanouir en étendard) « je suis Michel Stoecklin : soyez les bienvenus! » Ouaaaah, le courant passe immédiatement, les deux sont déjà complices, Harmonie a déjà fait son boulot de public-relation et nous disposons déjà d’un bivouac avec un énorme pré-paradis pour nos Crinières, et svp, de sanitaires chauffés! Le tout dans un grand parc splendide et très bien entretenu. Super.

« Vous mangerez avec nous ce soir quand ma femme Sandrine sera de retour? » – « heu … ben … oui! » répond-je (une « Scotch-Brite ») un peu déstabilisé par la rapidité et l’évidence de cet accueil. La tente est montée et nos chevaux dans leur pré que nous sommes illico casés devant un whisky (et un jus d’orange pour ma coéquipière : pas d’alcool ni de viande pour elle … nulle n’est parfaite (ça s’met jamais au masculin c’te phrase, non?)).

« Quoi? Sous tente par ce froid ? Il n’en est pas question: nous avons deux chambres, vous êtes nos invités » … Sandrine, vient de rentrer de son boulot et reproche gentiment à son Michel d’homme de nous avoir laissé camper … et nous voilà installés dans deux bien jolies chambres. Je commence à être un peu gêné – eh oui, ça m’arrive! – car ma si tendre et si chère Brigitte a prévu de nous rejoindre ce soir pour marcher quelques jours avec nous en partageant un peu nos conditions. « Mais bien sûr qu’elle est aussi invitée, confirment mes hôtes … et vous n’allez quand même pas partir demain? D’ailleurs, ils annoncent de la pluie!» Ouuuuuh ! Tout ça d’un coup!

Et nous voilà partis pour une nouvelle rencontre très profonde … voire bouleversante.

Nous restons quatre jours où nous pouvons partager nos façons de voir, nos joies, nos peines … nos vies. Harmonie nous offrira même deux cours d’équitation, où j’ai pu comprendre la difficulté de Shakti: il s’agit surtout d’un manque de rigueur de ma part avec pour conséquence une Shakti qui ne se sentait pas comprise (ni ne me comprenait) dans la difficulté de ma demande d’avoir une jument en tête mais droite, calme et en avant! Un bon gros cavalier gentil mais rustaud passe très bien sur le tracteur généreux et enthousiaste qu’est mon bon géant de Gamino … mais pas trop bien sur une princesse capricieuse et délicate qu’est ma Shakti. « Tracteur? Tracteur? Ça va oui ? … Capricieuse? Capricieuse? Capricieuse? Où ça, qui ? » Tiens, y en a deux qui ne partagent pas tout à fait mon vocabulaire … Pendant ce temps, Brigitte, pas mal férue de dressage suivait les instructions d’Harmonie pour donner une bonne éducation au bébé plutôt doué et plein de bonne volonté qu’est la jeune Shahana, deuxième jument d’Harmonie.

Soirée au coin du synthé

Peu à peu la relation avec nos hôtes s’approfondit. Ce couple, à la cinquantaine bien affirmée, nous révèle ses douleurs. Ils n’ont pas d’enfants et vivent ce fait comme un drame qui reste une plaie ouverte. Un moment Michel montre une grande émotion en affirmant qu’il aurait tant voulu une fille comme Harmonie (là je le comprends …) et elle demande tout de go … « ben adoptez-moi! » Deux cris du cœur, deux lourds passés qui se rencontrent sur fond de gros contentieux accumulés. Notre troupe est un peu catalyseur et révélateur d’un trop plein qui a besoin de sortir. Nos deux hôtes affichent une grosse différence dans leurs aspirations et peu à peu, apparaissent les sommets d’icebergs de souffrances. Un terrible et vieux malentendu … mal entendu et mal exprimé … paralyse probablement ce couple. Michel a vécu un moment sous les ponts, Sandrine a toujours aimé son confort. Notre présence est miroir et peut amener guerre ou paix  … mais renouvellement sûrement. Longtemps j’ai eu beaucoup de mal à accepter ce rôle de footballeur sur fourmilière (fouteur de merde diraient les mauvaises langues) mais je sais maintenant que le mieux-être est toujours au rendez-vous. Après. Bon d’accord, parfois longtemps après. J’ai vécu plusieurs petites morts, la dernière importante étant la vente de ma maison. J’ai pris de gros risques en remettant en question les fondements de ma vie. Je cherche toujours à être en accord avec ce vers quoi je me sens appelé. Et mes choix se sont avérés pertinents la plupart du temps. Les risques pris payants. Je peux témoigner de ces choix et inviter mes rencontres à quitter les autoroutes trop chargées de la vie conventionnelle et à savourer les chemins de traverse si riches et si passionnants. Mais le prix à payer est celui d’oser affronter l’inconnu.

Et le passage vers l’inconnu … comme la mort … est divinement fascinant mais diablement inquiétant.

Lundi je pose de la plomberie qu’ils sont ravis de me confier en profitant de mes compétences. C’est la demande de Sandrine, mais rien ne lui plait … l’atmosphère est lourde. Michel est toujours aussi jovial, accueillant mais il est temps que nous continuions notre périple. Le soir, brutalement Sandrine part à Grenoble rejoindre son appartement … en colère probablement, sans explication ni au revoir. Dur dur. Avec d’énormes points d’interrogation.

L’ambiance se détend quand même et Michel continuera à être toujours aussi joyeux mais cache mal son désarroi. Il viendra nous rejoindre plusieurs fois au soir de notre bivouac suivant … avec un immense besoin d’être écouter … et de faire la fête. Nous l’accompagnons … comme nous pouvons.

Et pour nous, les grands chemins nous appellent. Même si elle est maintenant très dure, Bonne Route à Toi Michel, Bonne Route à Toi Sandrine, la lumière est au bout et aucune épreuve ne nous est donnée si nous ne pouvons la surmonter.

"Dis, tu crois pas qu'on pourrait se tirer?" - "Mmmmm, ça me parait une bonne idée!"